En bref

  • Peinture acrylique encore humide : eau tiède et savon, tout de suite. Sèche, ou glycéro : on masse avec de l'huile végétale plusieurs minutes, puis on lave au liquide vaisselle.
  • L'acétone et le white-spirit enlèvent la peinture plus vite, mais ils dissolvent le film gras de la peau : dessèchement, crevasses, parfois une allergie durable.
  • Paupière, lèvre, œil, muqueuse ou peau déjà lésée : uniquement de l'eau tiède, abondamment. Une colle ou un produit entré dans l'œil se montre aux urgences ou à un ophtalmologue.
  • La couche superficielle de la peau se renouvelle en deux à quatre semaines : une trace qui résiste partira d'elle-même, sans produit.

Pour enlever de la peinture sur les mains, on commence par le plus doux : eau tiède et savon si la peinture acrylique est encore humide, huile végétale massée quelques minutes puis liquide vaisselle si elle a séché ou s’il s’agit d’une glycéro. Les solvants vont plus vite, mais ils attaquent la peau elle-même, et une dermatite dure plus longtemps qu’une trace de peinture. La peau a d’ailleurs un avantage qu’aucune autre surface n’a : elle se renouvelle et finit par emporter ce qui reste.

Acrylique ou glycéro : la méthode change selon la peinture

Commencez par savoir ce que vous avez sur les mains, parce que les deux grandes familles ne se comportent pas pareil. Une peinture acrylique, dite « à l’eau », est une résine dispersée dans de l’eau : elle se rince tant qu’elle est humide, et devient insoluble une fois sèche. Une glycéro est une résine alkyde diluée au white-spirit : elle ne part jamais à l’eau, fraîche comme sèche. La page sur la peinture détaille comment les reconnaître quand le pot a disparu ; sur la peau, l’odeur de solvant qui persiste suffit en général à repérer la glycéro.

Acrylique fraîche. Lavez immédiatement à l’eau tiède avec un savon ou un liquide vaisselle doux, en frottant doucement les plis des doigts et le tour des ongles. Quelques minutes de retard suffisent pour que le film commence à prendre, donc on lave avant de ranger le pinceau.

Acrylique sèche. Le film a réticulé et l’eau glisse dessus. Versez une cuillère d’huile végétale, d’huile d’olive ou d’huile pour bébé dans le creux de la main et massez la zone plusieurs minutes. Le corps gras s’insinue sous le bord du film et le fait décoller par lambeaux. Lavez ensuite au liquide vaisselle, qui emporte l’huile et la peinture ensemble, puis recommencez si besoin.

Glycéro, fraîche ou sèche. Même méthode, avec plus de patience. La résine alkyde gonfle dans l’huile comme dans un solvant pétrolier, en plus lent : on masse plus longtemps, on lave, on répète deux ou trois fois. C’est un peu plus long que le white-spirit, et c’est sans conséquence pour la peau.

Peinture en bombe. Les peintures aérosol sont souvent à base de solvants et sèchent en film très fin. L’huile en vient à bout de la même façon, en plusieurs passages ; un film très mince disparaît de toute façon en quelques lavages ordinaires.

Ongles, cheveux, visage : les zones qui demandent une autre méthode

Sous les ongles, la peinture se loge là où le massage n’atteint pas. On trempe les doigts dans de l’eau tiède savonneuse quelques minutes, on dépose un peu d’huile sous le bord libre, puis on brosse à la brosse à ongles souple. Pas de pointe métallique ni de lame : une plaie sous l’ongle s’infecte facilement.

Dans les cheveux, on applique de l’huile sur les mèches touchées, on laisse agir, puis on démêle au peigne fin avant un shampooing. Une mèche très chargée de glycéro sèche se coupe plus facilement qu’elle ne se nettoie.

Le visage, le cou et les plis ont une peau plus fine et plus perméable que celle des mains. Les solvants y passent beaucoup plus vite dans l’organisme et irritent davantage. Sur ces zones, on s’en tient au savon doux et à l’huile, quelle que soit la peinture.

Les paupières, les lèvres, les muqueuses et l’œil ne se traitent pas : on rince. La conjonctive n’a pas de couche protectrice, les paupières se collent en quelques secondes, et une tentative de décollement arrache la surface. Le seul geste est un rinçage immédiat et abondant à l’eau tiède, suivi d’une compresse humide, sans jamais forcer l’ouverture. La fiche premiers soins du fabricant UHU indique que des paupières collées se rouvrent en général en un à quatre jours. Une colle entrée dans l’œil, une projection de produit chimique ou une lèvre brûlée relèvent des urgences ou d’un ophtalmologue.

Acétone, white-spirit, térébenthine : ce qu’ils font à la peau

Beaucoup de conseils proposent l’acétone, le dissolvant ou le white-spirit « pour les taches tenaces ». Ils fonctionnent sur la peinture, et c’est bien le problème : ils fonctionnent aussi sur la peau.

ProduitEfficacité sur la peintureCe qu’il fait à la peau
Eau tiède et savonAcrylique fraîche seulementRien de notable
Huile végétale, huile pour bébéAcrylique sèche et glycéro, lentementRien, elle nourrit au passage
Alcool ménagerAcrylique récenteDessèche, pique sur une peau fissurée ; inflammable
Acétone, dissolvantAcrylique sèche, rapidementDissout le film gras de la peau : dessèchement, crevasses, dermatite
White-spiritGlycéroDessèche et gerce ; vapeurs nocives, exclu chez l’enfant
Essence de térébenthineGlycéroSensibilisante : l’allergie peut apparaître après plusieurs usages sans réaction

L’acétone dissout les lipides de surface qui forment la barrière de la peau. Utilisée une fois, brièvement, sur une petite zone saine, elle ne fait qu’assécher. Répétée ou étalée sur toute la main, elle provoque une dermatite d’irritation : rougeur, tiraillement, fissures qui rouvrent à chaque lavage. Elle est aussi très inflammable dès la température ambiante, ce qui exclut tout usage près d’une flamme ou d’une plaque chaude.

La térébenthine pose un problème plus sournois. Elle est sensibilisante : la peau peut la supporter plusieurs fois sans réagir, puis développer une allergie de contact qui revient ensuite à chaque exposition. L’absence de réaction la première fois ne prouve donc rien. Le white-spirit dessèche et gerce, et ses vapeurs sont nocives pour le système nerveux : on ne l’emploie jamais sur les mains d’un enfant.

Si l’on a quand même utilisé un solvant, on lave aussitôt au savon et à l’eau tiède, puis on applique une crème grasse ou de l’huile pour rendre à la peau ce qu’elle a perdu.

Colle forte et encre : deux autres taches, deux pages dédiées

Après la peinture, les deux taches qui arrivent le plus souvent sur les mains sont la colle et l’encre, et elles se traitent avec la même logique de douceur.

La colle forte au cyanoacrylate soude la peau à elle-même en quelques secondes. La fiche premiers soins du fabricant UHU commence par l’eau tiède savonneuse : on imprègne les doigts collés, puis on les sépare doucement en roulant, en glissant une spatule ou un coton-tige entre eux, sans jamais tirer. Deux doigts tirés d’un coup emportent l’épiderme et laissent une plaie. L’acétone n’est admise qu’en quelques gouttes, sur une petite surface de peau saine, en partant du bord, jamais près des yeux, des muqueuses ou d’une plaie. Le pas-à-pas complet figure sur la page colle forte sur les doigts.

L’encre de stylo ou de feutre se loge dans les couches superficielles de la peau. Elle part en deux ou trois lavages ordinaires, plus vite avec un peu d’alcool sur un coton pour une encre à solvant, comme l’explique la page encre sur les mains.

Laisser la peau finir le travail

Une trace qui résiste après deux ou trois passages d’huile et de savon n’appelle pas un produit plus fort. La couche superficielle de la peau se renouvelle en deux à quatre semaines, et une trace de peinture ou d’encre logée en surface part avec elle, en général en quelques jours avec les lavages ordinaires.

On peut accélérer ce décollement sans rien abîmer. Un bain d’eau tiède savonneuse de dix minutes, deux ou trois fois par jour, suivi d’une application d’huile ou de crème grasse, garde la peau souple et défait le film par le dessous. Frotter à la brosse dure ou à la pierre ponce, au contraire, retire la barrière et laisse la peau plus perméable à la substance suivante.

Les produits caustiques n’ont jamais leur place sur la peau, même pour une tache tenace. La soude provoque une brûlure chimique profonde, indolore au premier contact, dont la douleur arrive quand le dommage est fait. L’acide oxalique, présent dans certains détachants de rouille, est nocif par contact cutané et provoque des lésions oculaires graves selon la fiche INRS. Une brûlure chimique, une allergie acquise, une lésion de l’œil ou une plaie infectée sont les seuls dommages durables de cette page, et aucun n’est causé par la tache elle-même : tous viennent d’une tentative de retrait trop énergique.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

  • Acétone, acétate d’éthyle, solvant chloré+ABS, polycarbonate, plexiglas, polystyrène, acétate→ fissuration sous contrainte

    Le solvant s’insinue entre les chaînes du polymère. Là où la pièce est sous tension — un angle, une vis, un clip — il apparaît un réseau de microfissures qui blanchit, puis casse. La pièce peut se rompre des semaines après le contact.

Questions fréquentes

Comment enlever de la peinture acrylique séchée sur les mains ?

Massez la zone avec de l'huile végétale ou de l'huile pour bébé pendant quelques minutes : le corps gras ramollit le film et le fait décoller par le bord. Lavez ensuite au liquide vaisselle et à l'eau tiède, puis recommencez si besoin. Ce qui reste dans les plis de la peau part avec les lavages des jours suivants.

Comment enlever de la peinture glycéro sur la peau sans white-spirit ?

Avec de l'huile alimentaire, massée longuement, puis un savon ou un liquide vaisselle qui emporte l'huile chargée de peinture. La résine alkyde de la glycéro gonfle dans un corps gras comme dans un solvant pétrolier, en plus lent. On répète deux ou trois fois plutôt que de passer au solvant.

L'acétone est-elle dangereuse sur la peau ?

Une application brève sur une petite surface de peau saine n'est pas dangereuse en soi, mais l'acétone dissout le film lipidique cutané. Répétée ou étalée, elle provoque un dessèchement et des fissures qui durent bien plus longtemps que la tache. Elle est exclue sur le visage, près des yeux, sur une muqueuse ou une plaie.

Que faire si de la colle forte touche une paupière ou un œil ?

Rincer immédiatement et abondamment à l’eau tiède, puis poser une compresse humide que l’on garde mouillée. Ne jamais tenter d’ouvrir l’œil de force, ne pas couper les cils, aucun solvant. Selon la fiche premiers soins UHU, des paupières collées se rouvrent en général seules en un à quatre jours ; si la colle a pénétré dans l’œil, on consulte les urgences ou un ophtalmologue.

Comment enlever de la peinture sous les ongles ?

Trempez les doigts dans de l'eau tiède savonneuse quelques minutes, appliquez un peu d'huile sous le bord de l'ongle, puis brossez à la brosse à ongles souple. Ni pointe métallique ni lame : une blessure sous l'ongle s'infecte facilement.

Sources et méthode

  • UHU, fiche d’information « Premiers soins en cas d’accident avec des colles cyanoacrylates (colles instantanées) », février 2000
  • INRS, fiche toxicologique FT 3 — Acétone
  • INRS, fiche toxicologique FT 110 — Acide oxalique

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.