En bref

  • Acrylique encore humide : rincer par l'envers à l'eau tiède, puis liquide vaisselle. Dans la demi-heure, le vêtement ne risque rien.
  • Acrylique sèche : gratter l'excédent, tamponner à l'alcool à 70° ou isopropylique, puis à l'acétone seulement si la fibre n'est ni acétate ni triacétate.
  • Peinture glycéro ou à l'huile : le white-spirit, puis un dégraissage au liquide vaisselle pour effacer le halo gras.
  • Pas de machine ni de sèche-linge tant que la tache se voit : la chaleur soude le film à la fibre.

Une peinture acrylique encore humide part à l’eau tiède et au liquide vaisselle, par l’envers, en quelques minutes. Sèche, elle est devenue un film continu : on gratte l’excédent, puis on le ramollit à l’alcool à 70°, et à l’acétone seulement si la fibre la supporte. Une peinture glycéro ou à l’huile ignore l’eau : c’est le white-spirit qui la reprend. Dans tous les cas, ni machine ni sèche-linge tant que la tache se voit.

Dans la demi-heure : l’eau tiède suffit

Une acrylique est une résine dispersée dans de l’eau. Tant que cette eau ne s’est pas évaporée, la peinture reste lavable, et le vêtement ne risque rien. Sur un tissu fin, cette fenêtre est de l’ordre d’une demi-heure ; sur un ourlet ou une couture épaisse où la goutte s’est accumulée, elle est plus longue.

  1. Racler l’excédent au dos d’une cuillère, du bord vers le centre, sans frotter.
  2. Rincer par l’envers sous un filet d’eau tiède, deux à trois minutes, jusqu’à ce que l’eau ressorte claire. L’eau pousse la peinture vers la sortie au lieu de l’enfoncer.
  3. Malaxer avec une goutte de liquide vaisselle une minute entre les doigts, puis rincer.
  4. Vérifier à la lumière. S’il reste une ombre, on recommence ou on passe à l’étape suivante, mais on ne lave pas encore en machine.

Si la peinture a pris sur le côté, une poignée d’essuie-tout en appui sous la tache pendant le rinçage évite qu’elle ne traverse vers l’autre épaisseur d’un pantalon ou d’une manche.

La gouache et l’aquarelle des enfants font exception à cette course contre la montre. Leur liant est une gomme végétale qui reste soluble dans l’eau même sèche : on laisse sécher, on brosse ce qui s’effrite, puis on rince à l’eau froide par l’envers et on lave. La peinture pour tissu, à l’inverse, est conçue pour se fixer à la fibre, souvent par un repassage : fraîche, elle se traite comme une acrylique ; fixée au fer, elle fait partie du vêtement.

Acrylique sèche : gratter, alcool, puis acétone si la fibre le permet

Une fois sèche, l’acrylique ne se dissout plus dans l’eau. On ne peut que gonfler le film pour le décoller. L’ordre compte : du produit le plus doux au plus fort.

  1. Lire l’étiquette de composition. Acétate, triacétate ou modacrylique : l’acétone est exclue, on s’arrête à l’alcool.
  2. Gratter l’excédent au couteau à beurre ou à l’ongle. Une croûte épaisse se fend en la pliant ; ce qui part à sec n’aura pas à être dissous.
  3. Glisser un absorbant blanc plié sous la tache. Sans lui, le solvant repousse la peinture ramollie dans l’épaisseur du tissu.
  4. Tamponner à l’alcool à 70° ou isopropylique, sans frotter, en laissant agir quelques minutes. L’alcool ramollit une acrylique sèche et il est mieux toléré par les fibres que l’acétone. On change de coton dès qu’il se colore.
  5. Décoller le film ramolli à l’ongle ou avec une brosse à dents souple, par petits gestes. Avant ramollissement, frotter enfonce les éclats entre les fils.
  6. Passer à l’acétone ou à l’acétate d’éthyle pour ce qui résiste, après un essai sur une couture intérieure de la même matière. L’acétate d’éthyle, vendu comme dissolvant sans acétone, agit plus lentement et abîme moins.
  7. Dégraisser au liquide vaisselle, rincer, laver au programme le plus doux autorisé, et sécher à l’air.

Ces solvants sont inflammables, l’acétone et l’acétate d’éthyle très fortement : fenêtre ouverte, aucune flamme dans la pièce, gants nitrile pour des contacts répétés qui dessèchent la peau. Les cotons usagés sèchent dehors avant d’être jetés, et le vêtement ne passe au sèche-linge qu’une fois lavé et sans odeur de solvant.

Peinture glycéro, à l’huile : le white-spirit et son halo gras

Une glycéro sèche en s’oxydant à l’air. C’est une résine grasse, indifférente à l’eau savonneuse dès la première minute. Le solvant qui la reconnaît est le white-spirit, une essence minérale ; la térébenthine agit aussi sur une glycéro très fraîche, mais elle est plus irritante et peut provoquer une allergie cutanée.

Le protocole reste le même — absorbant dessous, tamponnage par le dessus, cotons renouvelés —, mais la sortie diffère. Le white-spirit ne se rince pas à l’eau : il laisse un halo gras qu’il faut émulsionner au liquide vaisselle, sinon la zone reste plus sombre après séchage. Ses vapeurs sont inflammables et plus lourdes que l’air : pas de chaudière à veilleuse ni de sèche-linge en marche à côté.

Sur une glycéro sèche depuis plusieurs jours, la réussite devient partielle. Le film s’allège et la couleur pâlit, mais le pigment logé au fond de la trame reste. La nature du liant de chaque peinture explique cette différence avec l’acrylique.

Détachant du commerce, vinaigre, bicarbonate : ce qui agit sur la peinture

ProduitEffet sur une acrylique sècheEffet sur une glycéro
Eau, savon, lessiveAucunAucun
Alcool à 70°, isopropyliqueRamollit le filmFaible
Acétone, dissolvantRamollit et dissoutMoyen sur une glycéro récente
White-spiritFaibleRedissout
Détachant peinture du commerceSelon ses solvants, comme l’alcool ou l’acétoneSelon ses solvants
Vinaigre blancAucun : il dissout le calcaire, pas une résineAucun
BicarbonateAucun : abrasif plus tendre qu’un ongleAucun

Les détachants pour peinture vendus en magasin contiennent des solvants : ils ne font rien de plus que l’alcool ou l’acétone, et demandent le même essai sur une couture. Le vinaigre et le bicarbonate, mélangés, produisent du gaz carbonique et un sel et s’annulent. Le lavage à 40 °C tenté par réflexe ne dissout rien ; il ramollit le film assez pour qu’il épouse la fibre, puis le refige dedans au séchage.

Jean, doublure en acétate, soie, sérigraphie

Un jean ou un bleu de travail en coton épais supporte tout le protocole, y compris l’acétone, et la brosse à dents y est utile pour décoller le film ramolli. La teinture indigo peut en revanche s’éclaircir là où l’acétone a insisté : essai sur l’envers d’une jambe.

Un vêtement de travail taché à répétition pose un problème différent : chaque traitement au solvant fatigue un peu la teinture, et la zone finit plus claire que le reste. On réserve alors le solvant aux taches fraîches et visibles, et on accepte que le bleu de chantier garde les traces anciennes.

Une doublure en acétate se troue à l’acétone en quelques secondes. Une soie perd sa couleur et garde une auréole claire. Une sérigraphie ou une impression plastique se dissout avant la peinture. Ces pièces, et tout vêtement de valeur, vont chez un pressing, qui travaille au solvant avec un contrôle que l’évier n’offre pas.

Une tache très large — une manche passée dans le pot — ne se traite pas par touches : la quantité de solvant nécessaire déteindrait la zone plus visiblement que la peinture. Les tolérances de chaque fibre sont détaillées sur la page textile, et la lecture des étiquettes sur celle des symboles d’entretien. Une encre ou un vernis à ongles sur le même vêtement suivent des règles voisines, sur la page vernis à ongles sur un vêtement.

Peinture : ce qui agit et ce qui détruit, matière par matière

« Peinture » relève de la classe POL — polymères et adhésifs. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict change de l’une à l’autre.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Acétone propanone
  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle
  • White-spirit essence minérale
  • Dégraissant d’agrume d-limonène
  • Huile alimentaire ou beurre
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant
  • Froid glaçon ou congélateur
  • Alcool isopropylique propan-2-ol
  • Eau chaude
  • Soude caustique hydroxyde de sodium

Sous condition

  • Décapeur thermique Utilisable sur du bois en mouvement constant. Une buse qui stationne roussit la fibre, et la brûlure ne s’enlève plus.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle
  • White-spirit essence minérale
  • Dégraissant d’agrume d-limonène
  • Huile alimentaire ou beurre
  • Froid glaçon ou congélateur
  • Alcool isopropylique propan-2-ol

Sous condition

  • Acétone Sans danger pour la fibre elle-même, mais elle dissout les colorants et les apprêts.

Agit, mais détruit

  • Chaleur sèche La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
  • Décapeur thermique Il carbonise une fibre protéique en quelques secondes. Aucun emploi sur cette classe.
  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
  • Soude caustique Un pH supérieur à 11 hydrolyse la liaison peptidique. La fibre part en bouillie.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • White-spirit essence minérale
  • Huile alimentaire ou beurre
  • Froid glaçon ou congélateur
  • Eau chaude
  • Soude caustique hydroxyde de sodium

Sous condition

  • Dégraissant d’agrume Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.
  • Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.

Agit, mais détruit

  • Acétone Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène. Elle ne les tache pas : elle les troue, les blanchit ou les fissure.
  • Dissolvant sans acétone Même famille de solvants, même risque sur les mêmes plastiques, en un peu plus lent.
  • Chaleur sèche Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.
  • Décapeur thermique Un thermoplastique fond, gondole ou se rétracte bien avant de laisser partir ce qui est posé dessus. La déformation est définitive.

Revêtement et film M6 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Dégraissant d’agrume d-limonène
  • Huile alimentaire ou beurre
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant
  • Froid glaçon ou congélateur
  • Eau chaude

Sous condition

  • White-spirit Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.
  • Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.
  • Soude caustique C’est le principe du décapant : elle enlève effectivement la peinture, y compris celle qu’on voulait garder.

Agit, mais détruit

  • Acétone Dissout tout vernis et toute peinture, y compris celle qu’on essaie de protéger. Sur une carrosserie, elle mate le vernis en quelques secondes.
  • Dissolvant sans acétone Même effet que l’acétone sur les vernis, à peine plus lent.
  • Décapeur thermique C’est exactement son emploi : il fait cloquer le film. Utile quand on veut décaper, destructeur quand on voulait seulement nettoyer.
  • Action mécanique Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.

Ce qui aggrave la tache

  • Action mécanique Frotter avant d’avoir ramolli le réseau étire l’adhésif et le fait pénétrer plus profond dans la porosité ou la trame.

Ce qui ne sert à rien

  • Eau froide Un polymère réticulé n’est pas soluble dans l’eau, par définition.
  • Lessive enzymatique Aucune enzyme domestique ne coupe un polymère de synthèse.
  • Bicarbonate de sodium Trop peu abrasif pour attaquer un film dur, et chimiquement inerte sur lui.

Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

  • Tout acide, vinaigre inclus+Marbre, pierre calcaire, travertin, terre cuite, joint de ciment→ dissolution du carbonate de calcium

    La surface se dissout : elle devient mate, rugueuse, légèrement en creux. On appelle cela une gravure, et elle ne se rattrape qu’au reponçage. Le liant d’un joint de ciment se délite de la même façon.

  • Acétone, acétate d’éthyle, solvant chloré+ABS, polycarbonate, plexiglas, polystyrène, acétate→ fissuration sous contrainte

    Le solvant s’insinue entre les chaînes du polymère. Là où la pièce est sous tension — un angle, une vis, un clip — il apparaît un réseau de microfissures qui blanchit, puis casse. La pièce peut se rompre des semaines après le contact.

Questions fréquentes

Comment enlever de la peinture acrylique sèche sur un vêtement ?

On gratte l'excédent à la cuillère, on glisse un absorbant sous la tache, puis on tamponne à l'alcool à 70° ou isopropylique pour ramollir le film. Ce qui résiste se reprend à l'acétone ou au dissolvant, après essai, si la fibre n'est pas un acétate. On dégraisse ensuite au liquide vaisselle et on lave.

Combien de temps la peinture acrylique reste-t-elle lavable à l'eau ?

Tant que son eau ne s'est pas évaporée, soit de l'ordre d'une demi-heure sur un tissu fin, davantage sur un ourlet épais. Ensuite, les particules de résine fusionnent en un film qui ne se dissout plus dans l'eau.

Quel détachant pour la peinture sur un vêtement ?

Les détachants pour peinture du commerce sont en général à base de solvants, proches de l'alcool ou de l'acétone : ils agissent comme eux et demandent les mêmes essais. Pour une glycéro, le détachant utile est le white-spirit. Le savon et la lessive seuls ne reprennent qu'une acrylique encore fraîche.

L'acétone abîme-t-elle les vêtements ?

Elle n'abîme ni le coton, ni le lin, ni la laine, mais elle peut faire dégorger les teintures. Surtout, elle dissout l'acétate, le triacétate et le modacrylique : sur ces fibres, fréquentes en doublure, elle troue le tissu.

Peut-on mettre un vêtement taché de peinture en machine ?

Pas tant que la tache est visible. La chaleur du lavage et surtout du sèche-linge ramollit le film puis le refige dans la trame. On traite d'abord, on vérifie sur tissu sec, et on lave ensuite.

Sources et méthode

  • INRS, fiche toxicologique FT 66 — Alcool isopropylique (inflammabilité)
  • INRS, fiches toxicologiques FT 3 — Acétone et FT 18 — Acétate d'éthyle (inflammabilité, effets cutanés)
  • INRS, fiche toxicologique FT 94 — White-spirit
  • Norme NF EN ISO 3758 — Textiles, code d'étiquetage d'entretien au moyen de symboles (GINETEX)

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