En bref

  • Sur tous les supports, la méthode a trois temps : retirer le relief à froid, dissoudre le reste avec un corps gras ou un solvant apolaire, puis dégraisser au liquide vaisselle.
  • Le beurre et l'huile de table fonctionnent vraiment : le goudron est un hydrocarbure, et le gras le ramollit. Sur la peau, c'est même le premier choix.
  • Le white-spirit et les dégraissants d'agrume sont plus rapides, mais inflammables, et à proscrire sur la peau, le cuir et les peintures mates.
  • Ni l'eau, ni le vinaigre, ni l'eau de Javel n'agissent : la javel décolore le noir et laisse le bitume.

Une tache de goudron s’enlève en trois temps, quel que soit le support : on retire le relief à froid, on ramollit le reste avec un corps gras ou un solvant apolaire (beurre, huile, white-spirit, dégraissant d’agrume), puis on dégraisse au liquide vaisselle. Ce qui change d’un support à l’autre, c’est le produit autorisé : l’huile partout, le white-spirit seulement là où il ne détruit rien.

Trois temps, du maillot de bain à la carrosserie

Retirer le relief, à froid. Le goudron ne sèche jamais vraiment : à température ambiante, il reste pâteux et s’étale sous le doigt. Refroidi, il devient cassant. Un glaçon enfermé dans un sachet, posé quelques minutes sur un dépôt épais, permet souvent d’en détacher la plus grande partie avec une spatule souple ou le manche d’une petite cuillère. On soulève, on ne racle pas en travers.

Dissoudre le reste. Le goudron est un mélange d’hydrocarbures lourds, sans prise pour l’eau. Seul un produit de même nature le ramollit : un corps gras (beurre, huile de table, huile pour bébé) ou un solvant apolaire (white-spirit, dégraissant à l’agrume). On applique, on laisse agir quelques minutes, puis on tamponne du bord vers le centre en tournant le chiffon pour présenter une face propre à chaque contact. Un chiffon chargé de goudron ne fait plus que l’étaler.

Dégraisser. L’huile ou le solvant laissent à leur tour un film gras : un peu de liquide vaisselle massé puis rincé, ou un lavage adapté au support, la retire.

Le white-spirit et les dégraissants d’agrume sont inflammables, et le d-limonène des produits d’agrume est un allergène cutané selon l’INRS. On les manipule gants aux mains, dehors ou dans une pièce largement ouverte, loin de toute flamme et sans fumer, et les chiffons imbibés sèchent à plat à l’extérieur avant d’aller à la poubelle.

Support par support : ce qu’on emploie, ce qu’on évite

SupportCe qui dissout le goudronCe qu’on éviteRésultat attendu
PeauHuile, beurre, huile pour bébéWhite-spirit, essence, acétoneComplet
Vêtement en coton, jeanWhite-spirit ou huile, absorbant dessousSèche-linge avant la finBon
Maillot de bain, synthétiqueHuile, puis liquide vaisselleDégraissant d’agrume sans essaiCorrect, tache plus tenace
Laine, soieHuile, tensioactif doux à l’eau tièdeEau chaude, white-spirit sur teinture fragilePartiel
Cuir lisseHuile ou lait démaquillant, en surfaceSolvants, frottementVariable : réparateur si incrusté
Daim, nubuckRien à domicileTout liquideAtelier
Carrosserie vernieWhite-spirit ou dégommant, par touches courtesAcétone, chiffon sec, plein soleilBon, sur peinture froide
Carrelage émaillé, verreHuile ou white-spirit, spatule plastiqueAbrasif sur verreComplet
Lino, vinyleHuile, puis eau savonneuseSolvants fortsBon
Bois verniHuile, puis dégraissage douxSolvants laissés en placeBon
Béton, terrasse, pierreCataplasme absorbant et solvantAcide, haute pressionAtténuation

Sur un textile, on travaille avec un papier absorbant glissé sous la tache : le goudron dissous descend dedans au lieu de traverser vers l’autre face. Le mode opératoire complet, fibre par fibre, est sur la page goudron sur un vêtement.

Sur une pierre ou un béton, le bitume a rempli les pores. On enlève le relief, puis on pose une pâte d’absorbant fin chargée de solvant, qu’on laisse sécher pour faire remonter ce qui est entré. On obtient une atténuation, rarement une disparition. Dans un garage ou une pièce, l’aération reste franche pendant toute la pose, loin d’une chaudière ou d’un chauffe-eau.

Les semelles sont souvent la source du problème : un goudron ramassé sur un parking chaud se redépose ensuite, pas après pas, sur un carrelage ou un tapis. On traite d’abord la chaussure, en grattant le relief puis en frottant la gomme avec un chiffon gras, avant de nettoyer le sol. Sur le carrelage, les traces de pas partent avec un chiffon huilé puis une eau chaude savonneuse ; sur un tapis ou une moquette, on suit la logique du textile, absorbant compris, en travaillant par le dessus avec très peu de produit. Si le bitume a touché la tige d’une chaussure en daim, on n’y applique aucun solvant : l’entretien à sec décrit dans notre guide pour nettoyer des chaussures en daim protège le reste du velours, et la tache elle-même part chez le cordonnier.

Goudron sur la peau après la plage ou un chantier

C’est la question la plus pressante, et la réponse est dans la cuisine. On masse la zone avec de l’huile alimentaire, du beurre ou une huile pour bébé, quelques minutes, sans frotter fort. Le goudron se ramollit, se détache de la peau et s’essuie avec un mouchoir. On répète si besoin, puis on lave à l’eau tiède savonneuse.

Le white-spirit, l’essence et l’acétone sont à proscrire sur la peau. L’INRS décrit les effets du white-spirit : il dessèche, gerce et irrite la peau, et ses vapeurs provoquent maux de tête et vertiges en pièce fermée. Sur un enfant, un visage ou une peau abîmée, l’huile est la seule option raisonnable. Une brûlure par du bitume chaud est un autre problème, qui relève des urgences et non du détachage.

Beurre, huile, glaçon : pourquoi les remèdes de cuisine marchent ici

Pour une fois, les remèdes de grand-mère ont une base solide. Le bitume de route est un résidu de distillation du pétrole : de très grosses molécules d’hydrocarbures, sans oxygène ni azote accessibles. C’est l’une des substances les plus apolaires de la maison. L’eau n’a aucune prise sur lui, tandis qu’un corps gras, apolaire aussi, s’y mêle par simple ressemblance : c’est la règle du semblable qui dissout le semblable.

Le glaçon s’explique par une autre propriété. Un bitume n’a pas de point de fusion net : il passe progressivement d’un état presque solide à pâteux, puis liquide, selon la température. On parle de comportement viscoélastique. Au soleil, il colle ; refroidi, il casse au lieu de s’étirer, ce qui permet de l’enlever en morceaux.

Le goudron transporte enfin des grains de gravier et de poussière de route. Frotté à sec, il raye ce qu’il touche : un vernis de voiture, un verre de montre, un carrelage poli. La direction du geste importe plus que la force : on soulève, on tamponne, on ne frotte pas. La résine de pin, chimiquement proche, se traite exactement de la même façon.

Vinaigre, javel, machine à laver : ce qui ne fait rien ou aggrave

Le vinaigre blanc dissout les carbonates, et un hydrocarbure n’en contient pas : il n’a strictement rien à attaquer. L’eau de Javel oxyde le pigment noir et donne l’illusion d’un progrès sur un tissu clair, mais elle laisse le bitume en place, et la tache réapparaît en gris au lavage suivant.

La machine à laver avant dissolution répartit le goudron sur le reste du linge. Le sèche-linge sur une trace incomplète oxyde les fractions légères du mélange, qui deviennent une ombre brune bien plus difficile à reprendre.

Sur une carrosserie : à l’ombre, peinture froide, touches courtes

La chaleur ramollit le goudron, ce qui semble un avantage. Mais un vernis chaud est aussi plus perméable : le solvant y pénètre plus vite et le marque. On travaille donc à l’ombre, sur une peinture froide, par touches de quelques secondes, et l’on compense par la répétition plutôt que par la température. Un chiffon imbibé laissé en compresse sur la carrosserie y imprime sa trame. Sur une peinture mate ou un covering, on ne fait rien soi-même. Le pas-à-pas est sur la page goudron sur une voiture.

La chimie commune aux corps gras, dont le goudron est le cas le plus visqueux, est détaillée sur la page graisse et huiles, et les précautions propres au cuir sur la page cuir.

Goudron et bitume sur les sept classes de matières

Goudron et bitume relève de la classe GRA — corps gras et cires. Le tableau ci-dessous résume, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit ; le détail de chaque geste est sur les pages de matière.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Action mécanique
  • Liquide vaisselle
  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • White-spirit
  • Dégraissant d’agrume
  • Essence de térébenthine
  • Chaleur sèche
  • Lessive enzymatique
  • Huile alimentaire ou beurre

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Liquide vaisselle
  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • White-spirit
  • Dégraissant d’agrume
  • Essence de térébenthine
  • Chaleur sèche
  • Lessive enzymatique
  • Huile alimentaire ou beurre

Sous condition

  • Action mécanique

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Liquide vaisselle
  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • White-spirit
  • Essence de térébenthine
  • Lessive enzymatique
  • Huile alimentaire ou beurre

Sous condition

  • Action mécanique
  • Dégraissant d’agrume

Agit, mais détruit

  • Chaleur sèche

Minéral poreux M4 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Liquide vaisselle
  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • White-spirit
  • Dégraissant d’agrume
  • Essence de térébenthine
  • Chaleur sèche
  • Lessive enzymatique
  • Huile alimentaire ou beurre

Sous condition

  • Action mécanique

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Action mécanique
  • Liquide vaisselle
  • White-spirit
  • Dégraissant d’agrume
  • Essence de térébenthine
  • Huile alimentaire ou beurre

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • Chaleur sèche
  • Lessive enzymatique

Revêtement et film M6 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Liquide vaisselle
  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • Dégraissant d’agrume
  • Chaleur sèche
  • Lessive enzymatique
  • Huile alimentaire ou beurre

Sous condition

  • White-spirit

Agit, mais détruit

  • Action mécanique
  • Essence de térébenthine

Peau vivante M7 porosité faible

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec
  • Liquide vaisselle
  • Eau chaude
  • Cristaux de soude
  • Dégraissant d’agrume
  • Chaleur sèche
  • Lessive enzymatique

Sous condition

  • Action mécanique
  • Huile alimentaire ou beurre

Agit, mais détruit

  • White-spirit
  • Essence de térébenthine

Ce qui aggrave la tache

  • Eau froide

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc
  • Eau de Javel

Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

  • Tout acide, vinaigre inclus+Marbre, pierre calcaire, travertin, terre cuite, joint de ciment→ dissolution du carbonate de calcium

    La surface se dissout : elle devient mate, rugueuse, légèrement en creux. On appelle cela une gravure, et elle ne se rattrape qu’au reponçage. Le liant d’un joint de ciment se délite de la même façon.

Questions fréquentes

Comment enlever une tache de goudron ?

Retirez d'abord le relief en grattant doucement, à froid. Appliquez ensuite un corps gras (beurre, huile) ou un solvant apolaire comme le white-spirit pour ramollir et dissoudre le reste, en tamponnant. Terminez par un dégraissage au liquide vaisselle, puis un lavage adapté au support.

Comment enlever du goudron sur la peau ?

Massez la zone avec de l'huile alimentaire, du beurre ou une huile pour bébé pendant quelques minutes : le goudron se ramollit et s'essuie. Lavez ensuite à l'eau tiède savonneuse. N'utilisez ni white-spirit ni essence, qui dessèchent et irritent la peau.

Le beurre enlève-t-il vraiment le goudron ?

Oui. Le goudron est un mélange d'hydrocarbures, et un corps gras le ramollit par affinité. On échange une tache de goudron contre une tache grasse, beaucoup plus facile à traiter ensuite au liquide vaisselle, à condition que le support supporte ce dégraissage.

Comment enlever du goudron sur un carrelage ?

Un carrelage émaillé n'absorbe rien : on retire le relief à la spatule en plastique, puis on dissout le reste avec un chiffon imbibé d'huile ou de white-spirit, avant de laver à l'eau chaude savonneuse. Sur un joint de ciment ou une pierre, le goudron a pénétré les pores et le résultat est souvent partiel.

Le goudron part-il au lavage en machine ?

Non, et la machine peut en étaler sur le reste du linge. Il faut dissoudre le goudron avant tout passage en machine, dégraisser au liquide vaisselle, puis seulement laver.

Sources et méthode

  • INRS, fiche toxicologique FT 227 — Limonène (d-limonène des dégraissants d'agrume)
  • INRS, fiche toxicologique FT 94 — White-spirit

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.