En bref
- L'acétone dissout ou voile l'ABS, le plexiglas, le polycarbonate, le polystyrène et l'acétate ; elle gonfle le PVC. Le polypropylène et le polyéthylène la supportent bien.
- Le chiffre dans le triangle moulé sous la pièce donne la résine : 5 polypropylène, 2 et 4 polyéthylène, 3 PVC, 6 polystyrène, 7 le reste, dont l'ABS et le polycarbonate.
- Sans code, une goutte sous la pièce et dix minutes d'attente : un essai jugé au bout de trente secondes ne prouve rien.
- Le dommage peut arriver des semaines plus tard : là où la pièce est sous tension, l'acétone amorce des microfissures qui finissent par rompre.
L’acétone n’attaque pas tous les plastiques, mais elle détruit ceux qu’elle attaque : elle dissout l’ABS, le plexiglas, le polycarbonate, le polystyrène et l’acétate, gonfle le PVC, et laisse à peu près intacts le polypropylène et le polyéthylène. Rien ne les distingue à l’œil, d’où deux réflexes : lire le code de résine moulé sous la pièce, ou faire un essai de dix minutes sur une face cachée. Et pour enlever une tache sur un plastique inconnu, on commence par tout autre chose que l’acétone.
Résine par résine : ce que fait l’acétone, et ce qui la remplace
| Code | Résine | Objets courants | Acétone | Alcool isopropylique |
|---|---|---|---|---|
| 1 | PET | Bouteilles, barquettes | Résistance correcte au contact bref | Toléré |
| 2 et 4 | Polyéthylène | Bidons, sacs, flacons souples | Résiste | Toléré |
| 3 | PVC | Fenêtres, tuyaux, sols souples | Le gonfle et le ternit | Généralement toléré |
| 5 | Polypropylène | Boîtes alimentaires, seaux, mobilier de jardin, pare-chocs | Résiste | Toléré |
| 6 | Polystyrène | Boîtiers transparents cassants, emballages, jouets bon marché | Le dissout | Peut le fissurer : essai obligatoire |
| 7 | ABS | Coques d’appareils, briques de jeu, casques | Le dissout | Généralement toléré |
| 7 | Polycarbonate | Visières, vitrages de sécurité, coques transparentes | Le voile et le fissure | Peut le voiler à la longue |
| 7 ou sans code | Plexiglas (PMMA) | Plaques transparentes, présentoirs | Le dissout | Peut le fissurer sous contrainte |
Ce tableau donne une tendance, pas une garantie. Une même résine peut contenir des charges, des plastifiants ou un vernis de surface qui changent son comportement, et une finition — sérigraphie, marquage imprimé, revêtement soft-touch, grain de surface — se comporte comme un film de peinture : elle part avant que le solvant n’atteigne la tache. Sur une coque qui porte des inscriptions, on raisonne comme sur un revêtement, quelle que soit la résine dessous.
Le triangle sous la pièce, ou l’essai de dix minutes
Le code de résine est un triangle de flèches avec un chiffre au centre, moulé sous la pièce, à l’intérieur d’un couvercle ou dans un renfoncement du fond. Il est présent sur la plupart des contenants et sur beaucoup de pièces techniques. Le 7 est une catégorie fourre-tout : on regarde alors si les lettres ABS, PC ou PMMA l’accompagnent.
Quand il manque, trois indices orientent. Un plastique transparent, rigide et qui ne casse pas est du polycarbonate ou du plexiglas, donc dans la catégorie la plus sensible. Un plastique transparent, rigide et cassant, qui se fend net avec un bruit sec, est du polystyrène. Un plastique souple, légèrement cireux au toucher, sur lequel un feutre permanent perle au lieu d’accrocher, est une polyoléfine, polypropylène ou polyéthylène.
À défaut de certitude, l’essai est obligatoire, et sa durée compte. On choisit un endroit caché et sans tension mécanique — le dessous d’une boîte, l’intérieur d’un pied —, on y pose une seule goutte, et l’on attend dix minutes. L’acétone sur un ABS réagit en quelques secondes, mais l’alcool sur un polycarbonate ou un dégraissant aux agrumes sur un polystyrène mettent plusieurs minutes à produire un voile visible.
On regarde ensuite trois choses : un ramollissement, en appuyant l’ongle à côté puis sur la zone ; un changement d’aspect, voile laiteux, blanchiment, perte de brillant, grain qui disparaît ; un transfert de couleur sur le coton, signe que le solvant emporte le pigment ou une sérigraphie.
La casse qui arrive trois semaines plus tard
Un solvant qui semble « ne rien faire » sur une partie plate peut détruire la même pièce là où elle est sous tension mécanique : un angle rentrant, un clip d’assemblage, le tour d’une vis serrée, une zone forcée au montage. À ces endroits, les chaînes du polymère sont déjà étirées. Le solvant s’insinue entre elles, affaiblit leur cohésion, et la tension fait le reste : un réseau de microfissures apparaît, souvent en toile d’araignée blanchâtre autour du point de contrainte.
Le plus trompeur est le délai. Les microfissures progressent lentement, et la rupture franche peut survenir des jours ou des semaines après le contact. Un boîtier nettoyé à l’acétone se casse au démontage suivant, une visière se fend au premier choc, un accoudoir cède sous une charge habituelle. Personne ne fait le lien avec le nettoyage, ce qui explique que ce mécanisme, appelé fissuration sous contrainte, soit si mal connu. C’est aussi pourquoi l’essai ne se fait jamais sur un clip ou autour d’une vis.
Acétone déjà passée : ce qui se rattrape et ce qui est perdu
Le premier réflexe, si l’on vient de poser de l’acétone sur un plastique qui réagit, est de rincer aussitôt à l’eau froide et de laisser sécher sans frotter : une surface ramollie garde la trace de tout ce qui la touche.
Ensuite, le pronostic dépend du dommage. Un voile léger sur un plexiglas s’atténue parfois au polish fin, parce qu’on retire la couche superficielle attaquée ; la surface perd un peu de planéité, et l’opération ne réussit pas sur un polycarbonate mince. Un grain lustré, devenu brillant sur un plastique texturé, ne se recrée pas : aucun produit ne rend son relief à une surface lissée. Le blanchiment correspond à une multitude de microfissures dans l’épaisseur : il n’y a rien à enlever, la structure a changé. Une fissure se traite en remplaçant la pièce, de préférence avant qu’elle ne casse, et une déformation due à un solvant ou à une eau trop chaude ne se redresse pas.
Les recettes qui promettent de « réparer » un plastique attaqué agissent presque toutes par abrasion fine. Elles retirent de la matière, ce qui peut suffire sur un voile superficiel et aggrave tout le reste. Il en va de même pour le jaunissement d’un plastique ancien : c’est une oxydation du polymère par les ultraviolets, pas une tache, et rien ne l’inverse sans enlever la couche atteinte.
Enlever une tache sur du plastique sans acétone
Trois voies couvrent la plupart des cas réels, et elles se tentent dans cet ordre.
L’eau chaude avec un tensioactif enlève les corps gras sans risque, à condition de rester sous la température où le plastique se déforme : selon la résine, la déformation commence entre soixante et cent vingt degrés, si bien qu’une eau bouillante versée dans un contenant fin suffit à le gauchir.
L’alcool isopropylique est le solvant le plus sûr de sa famille sur les plastiques techniques, et le solvant de référence de l’électronique. Il dissout les encres, les résidus collants et les traces grasses tenaces. Il attaque encore certains vernis et sérigraphies et peut voiler un polycarbonate à la longue, d’où l’essai. Il est inflammable : petite quantité sur un chiffon, pièce aérée, aucune flamme ni appareil sous tension à proximité. C’est lui qui rend praticable le retrait du marqueur sur du plastique.
L’huile végétale est la troisième voie, pour les adhésifs : elle ramollit un résidu d’étiquette ou de ruban sans toucher la résine, et un lavage à l’eau savonneuse l’emporte ensuite. Le pas-à-pas est sur la page colle sur du plastique.
L’action mécanique, en revanche, est presque toujours exclue. Un plastique se raye à la dureté d’un ongle : pas d’éponge verte, pas de poudre à récurer, pas de grattoir métallique, même sur un polypropylène par ailleurs très résistant aux produits. On progresse du plus doux au plus fort, et l’acétone n’arrive qu’en dernier, sur une résine identifiée qui la supporte. L’acétone est très inflammable dès la température ambiante : pièce aérée et aucune flamme, comme pour l’alcool.
Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais
White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables
Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.
Acétone, acétate d’éthyle, solvant chloré+ABS, polycarbonate, plexiglas, polystyrène, acétate→ fissuration sous contrainte
Le solvant s’insinue entre les chaînes du polymère. Là où la pièce est sous tension — un angle, une vis, un clip — il apparaît un réseau de microfissures qui blanchit, puis casse. La pièce peut se rompre des semaines après le contact.
Chaleur (eau chaude, fer, sèche-linge)+Tache de sang, d’œuf, de lait ou de transpiration→ coagulation
La protéine se déplie puis se lie mécaniquement à la fibre. La tache brunit et devient définitive. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus irréversible du détachage domestique, et elle est gratuite à éviter.
Questions fréquentes
L’acétone abîme-t-elle le plastique ?
Cela dépend de la résine. Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène, et elle gonfle le PVC : sur ces plastiques elle ne tache pas, elle troue, blanchit ou fissure. Le polypropylène et le polyéthylène la supportent bien mieux.
Quel plastique résiste à l'acétone ?
Le polypropylène, code 5, et le polyéthylène, codes 2 et 4, sont les plus résistants des plastiques courants. On les trouve dans les boîtes alimentaires, les seaux, les bidons et beaucoup de pièces souples. Leur toucher légèrement cireux aide à les reconnaître quand le code manque.
Comment réparer un plastique abîmé par l'acétone ?
Un léger voile sur du plexiglas s'atténue parfois au polish fin, parce qu'on retire la couche attaquée. Un blanchiment, une fissure ou une déformation ne se réparent pas : la structure du polymère a changé dans l'épaisseur. Une pièce fissurée se remplace avant qu'elle casse.
Par quoi remplacer l'acétone pour nettoyer du plastique ?
L'eau chaude savonneuse pour le gras, l'alcool isopropylique pour l'encre et les résidus collants, et l'huile végétale pour ramollir un adhésif. L'isopropanol reste à essayer sur une face cachée, car il voile encore certains polycarbonates et sérigraphies.
Pourquoi une pièce en plastique casse-t-elle plusieurs semaines après un nettoyage ?
Parce que le solvant s’est insinué entre les chaînes du polymère aux endroits où la pièce est sous tension mécanique. Il s’y forme un réseau de microfissures invisibles qui progresse lentement, puis rompt. Ce délai empêche de faire le lien avec le nettoyage.
Sources et méthode
- ASTM D7611 — Standard Practice for Coding Plastic Manufactured Articles for Resin Identification (codes 1 à 7)
- INRS, fiche toxicologique FT 3 — Acétone
- INRS, fiche toxicologique FT 66 — Alcool isopropylique
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.