En bref

  • D'abord réhydrater : une à deux heures dans l'eau froide, sans rien d'autre. Une tache sèche frottée à sec ou à l'eau chaude se fixe davantage.
  • Ensuite une lessive ou un détachant enzymatique, plusieurs heures sur une zone tenue humide, à température tiède au plus : l'enzyme découpe la protéine coagulée.
  • L'ombre brune qui reste est du fer oxydé, comme de la rouille : elle cède à un oxydant, eau oxygénée à 3 % sur couleur après essai, percarbonate sur coton blanc.
  • Rien de chaud tant que la tache est visible : ni lavage chaud, ni fer, ni vapeur, ni sèche-linge. Sur soie, laine et cuir, ni enzyme ni chlore.

Une tache de sang séchée s’enlève en trois temps, et l’ordre compte plus que les produits : réhydrater à l’eau froide une à deux heures, puis laisser agir une enzyme plusieurs heures sur la zone humide, enfin oxyder l’ombre brune qui reste avec de l’eau oxygénée ou du percarbonate. Pendant tout ce temps, rien de chaud. Une tache ancienne combine deux problèmes, une protéine coagulée et du fer oxydé, et aucun produit seul ne règle les deux.

Première étape : une à deux heures dans l’eau froide

Une tache sèche n’est plus un liquide qu’on rince : c’est un réseau sec, collé à la fibre. Avant tout produit, on le remet en état d’être attaqué. Faites tremper la zone tachée dans une bassine d’eau froide, ou posez dessus une compresse froide maintenue mouillée si la pièce ne s’immerge pas. Une à deux heures suffisent pour que la partie encore soluble se détende et commence à partir.

Pendant ce trempage, on ne frotte pas et l’on n’ajoute rien de chaud. Un frottement à sec sur une tache sèche polit la surface et fait entrer les résidus plus profond dans la trame. Une eau chaude, même tiède au premier contact, achève la coagulation de ce qui ne l’était pas encore. À la sortie, on presse la zone dans un linge propre, par l’envers, pour chasser l’eau teintée vers l’extérieur.

Deuxième étape : l’enzyme, plusieurs heures sur une zone humide

Ce qui reste après le trempage est la part de la tache qui a coagulé. Au contact de l’air, le fibrinogène du sang se transforme en fibrine, un réseau de filaments qui emprisonne les globules rouges entre les fils. Avec le temps et la moindre chaleur, l’hémoglobine se déplie à son tour et s’accroche à la fibre. Ce mélange ne se dissout plus dans l’eau.

Une protéase, l’enzyme des lessives dites « biologiques » ou « enzymatiques », découpe ces protéines en fragments assez petits pour redevenir solubles. Appliquez une lessive liquide enzymatique pure sur la tache, ou faites tremper dans une solution de lessive en poudre enzymatique, puis laissez agir plusieurs heures en gardant la zone humide : l’enzyme ne travaille qu’en milieu aqueux. Elle a aussi sa fenêtre de température, tiède au plus. Au-delà, l’enzyme, qui est elle-même une protéine, se dénature et cesse d’agir. On rince ensuite à l’eau froide.

L’ammoniaque très diluée, une cuillère à soupe dans un litre d’eau froide, est une alternative quand on ne peut pas faire tremper : elle aide à solubiliser les protéines et s’évapore sans résidu. Gants, pièce aérée, et jamais d’eau de Javel sur la même zone ensuite : selon l’INRS, leur rencontre dégage des chloramines toxiques.

Troisième étape : oxyder l’ombre brune

Une tache de sang ancienne vire au brun parce que le fer de l’hémoglobine s’est oxydé, exactement comme le fer d’une rouille. Cette part-là ne relève plus de la chimie des protéines, et l’enzyme la laisse en place sous la forme d’une ombre jaune ou brune.

On la traite par un oxydant. L’eau oxygénée à 3 %, appliquée au coton, casse les molécules colorées et se décompose en eau et en oxygène sans laisser de résidu. Elle mousse au contact du sang, parce que le sang contient de la catalase, une enzyme qui la décompose : la mousse prouve que la réaction a lieu. Sur une couleur, elle peut éclaircir la teinture, d’où un essai préalable sur une couture intérieure.

Sur un coton blanc, le percarbonate de sodium est plus puissant : il libère de l’eau oxygénée dès qu’il touche l’eau, mais n’est vraiment efficace qu’à chaud. On ne l’emploie donc qu’en tout dernier, quand la protéine est partie et que seule reste la couleur, avec des gants et à l’écart des yeux : selon sa fiche de données de sécurité, sa poudre provoque des lésions oculaires graves.

On ne mélange jamais l’oxydant et l’enzyme dans le même bain. Un oxydant fort détruit l’enzyme, et appliqué trop tôt il durcit le réseau de fibrine au lieu de le défaire. On rince entre chaque étape, sans exception.

Citron, aspirine, bicarbonate, laque : ce que valent les recettes

Les recettes de tache de sang séchée sont nombreuses, et elles ne se valent pas. La plupart agissent par le trempage qu’elles imposent, rarement par leur ingrédient.

RecetteCe qu’elle fait réellementVerdict
Eau froide seuleRéhydrate et dilue la part solubleIndispensable, toujours en premier
SelAbsorbe un peu de liquide fraisSans effet sur une tache sèche
Bicarbonate en pâteLégèrement alcalin et abrasif, aide au brossageAppoint, ne défait pas la protéine
CitronL’acide citrique séquestre le fer de la part bruneUtile sur l’ombre brune, sans effet sur la protéine ; éclaircit les couleurs
AspirineAcide faible dissous dans l’eau de trempageRien qui défasse une protéine coagulée ; l’effet vient du trempage
Laque pour cheveuxContient de l’alcoolDéconseillée : l’alcool coagule les protéines
Lessive enzymatiqueDécoupe la protéine coaguléeLe bon produit, avec du temps
Eau oxygénée 3 %Oxyde la part coloréeLe bon produit pour l’ombre brune

La laque mérite une mise en garde. L’alcool qu’elle contient dénature les protéines, exactement comme la chaleur : sur une tache encore partiellement soluble, elle fixe ce qu’on cherche à enlever. Le citron, à l’inverse, a un vrai mécanisme, mais il ne vise que le fer : il complète l’enzyme, il ne la remplace pas.

Drap, jean, soie, matelas : jusqu’où aller selon le support

Sur un drap en coton ou en lin, tout le protocole s’applique, percarbonate compris sur un blanc, et une tache séchée se récupère souvent entièrement. L’eau de Javel reste possible sur un blanc pur, diluée, avec des gants, et jamais sur une zone traitée à l’ammoniaque sans rinçage abondant entre les deux. Elle fragilise la fibre à chaque usage.

Sur un jean ou un tissu teint, l’enzyme passe sans risque, mais l’oxydant éclaircit la teinture : on s’en tient à l’eau oxygénée, après essai sur une couture. Sur un tissu stretch, legging ou jersey, l’eau de Javel casse l’élasthanne même quand l’étiquette annonce du coton.

Sur la soie, la laine et le cuir, l’intersection est presque vide. La fibre est faite de protéines, comme la tache : une protéase la digère aussi, le chlore la troue, l’eau chaude feutre la laine. Il reste l’eau froide, et l’eau oxygénée à 3 % sur une laine claire après essai. Une tache de sang séché sur de la soie n’a pas de solution domestique, et une pièce de valeur part chez le teinturier.

Sur un matelas, on ne peut ni immerger ni rincer : on travaille avec très peu de liquide, sur une zone un peu plus large que la tache pour éviter l’auréole, et l’on sèche par le centre en ventilant. Le protocole complet figure sur la page sang sur un matelas, la version pour un vêtement sur la page sang sur un vêtement.

Fer, vapeur, sèche-linge : quand la tache devient définitive

Une tache de sang traitée doit se vérifier humide, à la lumière du jour, avant tout séchage en machine. Une trace pâle mais présente à la sortie du lave-linge devient brune et stable après un passage au sèche-linge, parce que la chaleur coagule ce qui restait de protéine et termine l’oxydation du fer.

Le fer à repasser et le nettoyeur vapeur font la même chose plus vite : la vapeur est de l’eau à cent degrés, et sur un matelas taché, c’est l’outil le plus sûr pour rendre la tache permanente. Un lavage à quarante degrés ou plus, avant que la tache ait été réhydratée à froid, produit le même résultat de façon moins visible.

Le vinaigre blanc et le white-spirit, enfin, sont sans effet : une protéine n’est ni un carbonate ni un corps gras. Les deux taches voisines dans la même famille chimique, l’urine et l’œuf, obéissent à la même règle du froid ; la page urine en décrit la variante, où c’est l’odeur qui résiste.

Sang sur les sept classes de matières

Sang relève de la classe PRO — protéines. Le tableau ci-dessous résume, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit ; le détail de chaque geste est sur les pages de matière.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Lessive enzymatique
  • Ammoniaque diluée
  • Liquide vaisselle
  • Percarbonate de sodium

Sous condition

  • Eau froide
  • Eau oxygénée

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique
  • Ammoniaque diluée
  • Eau oxygénée
  • Liquide vaisselle
  • Percarbonate de sodium

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique
  • Ammoniaque diluée
  • Eau oxygénée
  • Liquide vaisselle
  • Percarbonate de sodium

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral poreux M4 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique
  • Ammoniaque diluée
  • Eau oxygénée
  • Liquide vaisselle
  • Percarbonate de sodium

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Liquide vaisselle

Sous condition

  • Ammoniaque diluée
  • Eau oxygénée

Agit, mais détruit

  • Lessive enzymatique
  • Percarbonate de sodium

Revêtement et film M6 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique
  • Ammoniaque diluée
  • Eau oxygénée
  • Liquide vaisselle
  • Percarbonate de sodium

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Peau vivante M7 porosité faible

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique
  • Ammoniaque diluée
  • Eau oxygénée
  • Liquide vaisselle
  • Percarbonate de sodium

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau chaude
  • Chaleur sèche
  • Vapeur

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc
  • White-spirit

Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

Questions fréquentes

Comment enlever une tache de sang séchée ?

Réhydratez-la d'abord à l'eau froide pendant une à deux heures, puis appliquez une lessive enzymatique et laissez-lui plusieurs heures sur une zone tenue humide, à température tiède au plus. Rincez, puis traitez l'ombre brune restante à l'eau oxygénée à 3 % sur une couleur, après essai, ou au percarbonate sur un coton blanc.

Une vieille tache de sang peut-elle partir complètement ?

Souvent, sur du coton ou du lin, si l'on enchaîne réhydratation, enzyme et oxydant. Si la tache est déjà passée au lavage chaud ou au sèche-linge, la protéine a coagulé dans la fibre et le résultat est en général une atténuation, pas une disparition.

Pourquoi l'eau oxygénée mousse-t-elle sur le sang ?

Le sang contient de la catalase, une enzyme qui décompose le peroxyde d'hydrogène en eau et en oxygène. La mousse blanche est ce dégagement d'oxygène, et elle indique que la réaction a bien lieu au contact de la tache.

Le citron enlève-t-il une tache de sang séché ?

Il agit sur la part brune, qui est du fer oxydé, parce que l'acide citrique séquestre le fer. Il ne fait rien à la protéine coagulée. Sur une couleur, il peut éclaircir la teinture, surtout si l'on expose ensuite au soleil.

Le sel enlève-t-il le sang ?

Le sel absorbe un peu de liquide sur une tache fraîche, mais l'eau froide fait mieux, plus vite et sans laisser de résidu à rincer. Sur une tache sèche, il n'a aucun effet.

Sources et méthode

  • INRS, fiche toxicologique FT 123 — Peroxyde d’hydrogène et solutions aqueuses
  • INRS, fiche toxicologique FT 157 — Eau de Javel (solutions d’hypochlorite de sodium), 2017 : mélange avec l’ammoniaque
  • Fiche de données de sécurité du percarbonate de sodium (Loba Chemie), rubrique 2 : H318, lésions oculaires graves

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.