En bref

  • Eau froide en abondance, par l'envers du tissu, tout de suite : c'est le geste qui fait l'essentiel.
  • Sang séché : trempage d'une demi-heure à quelques heures dans l'eau froide, puis lessive enzymatique à 30-40 °C au plus.
  • Le fond brun restant : eau oxygénée à 3 % sur la couleur après essai, percarbonate de sodium sur le blanc.
  • Jamais d'eau chaude ni de sèche-linge avant que la tache ait disparu, et pas de lessive enzymatique sur la laine ou la soie, qu'elle attaque.

Une tache de sang sur un vêtement se rince à l’eau froide, en abondance, par l’envers, avant tout produit. Si elle a séché, on la fait d’abord tremper dans l’eau froide, puis on la traite à la lessive enzymatique à 30-40 °C au plus. Le fond brun qui résiste se reprend à l’eau oxygénée ou au percarbonate selon la couleur. Une seule règle ne souffre aucune exception : rien de chaud tant que la tache se voit.

Sous le robinet froid, tout de suite

Le sang frais est soluble dans l’eau froide, et c’est la meilleure nouvelle de cette page. Les deux premières minutes font plus que tous les produits qui suivront.

  1. Retourner le vêtement et placer la tache sous un filet d’eau froide, côté envers. L’eau traverse la trame dans le sens inverse de celui où le sang est entré, et le pousse dehors.
  2. Laisser couler deux à trois minutes en pressant le tissu entre les doigts, sans frotter. Frotter un sang encore liquide l’étale et l’enfonce.
  3. Tamponner avec un essuie-tout sec pour vérifier : s’il ressort rose, on continue.
  4. Ne rien chauffer. Ni eau tiède « pour aider », ni sèche-cheveux, ni radiateur.

Sur une tache fraîche et peu étendue, ce rinçage suffit souvent à tout enlever ; un lavage normal à froid termine. Si une ombre rosée reste, on passe à la lessive enzymatique sans laisser sécher.

Loin d’un évier — saignement de nez au bureau, coupure en randonnée —, le but est seulement d’empêcher la tache de sécher. On tamponne à l’eau froide avec un mouchoir, on garde le tissu humide si possible, et on rince à fond dès le retour. Un sang qui a séché une journée sans chaleur se récupère encore très bien ; c’est la chaleur, pas le temps, qui rend une tache définitive.

Sang séché : le trempage froid, puis la lessive enzymatique

Le sang séché n’est pas perdu, tant qu’il n’a pas vu de chaleur. Il faut d’abord lui rendre de l’eau.

  1. Tremper dans une bassine d’eau froide, d’une demi-heure à quelques heures selon l’âge de la tache. Rien d’autre que l’eau : c’est elle qui réhydrate le dépôt et le rend de nouveau attaquable.
  2. Frotter la tache contre elle-même, tissu contre tissu, sous l’eau : le dépôt ramolli commence à céder.
  3. Appliquer une lessive enzymatique en pâte directement sur la tache, trente minutes à une heure, sur un tissu maintenu humide. Ces lessives contiennent des protéases, des enzymes qui découpent les protéines du sang en morceaux solubles.
  4. Laver à 30-40 °C au plus. Une enzyme est elle-même une protéine : trop chaude, elle se désactive, d’où la plage de température indiquée sur l’emballage.
  5. Contrôler sur tissu sec, à la lumière du jour, avant tout séchage chaud. Une tache humide paraît toujours plus claire qu’elle n’est.

Une lessive enzymatique et l’eau de Javel s’annulent : le chlore détruit l’enzyme. On n’emploie jamais les deux ensemble.

Le fond brun : eau oxygénée sur la couleur, percarbonate sur le blanc

Ce qui reste après la lessive n’est plus de la protéine, c’est une coloration : le pigment du sang, oxydé, a bruni. Un oxydant la fait disparaître visuellement.

Sur un vêtement teint, l’eau oxygénée à 3 % de pharmacie, au coton-tige, sur la tache seulement. Elle mousse au contact du sang, ce qui montre qu’elle agit, et se décompose en eau et oxygène. Elle peut aussi éclaircir la teinture, et cet éclaircissement est définitif : essai sur une couture intérieure et attente du séchage d’abord.

Sur un blanc en coton ou en lin, le percarbonate de sodium, dissous dans une eau tiède à chaude, en trempage. Il libère de l’eau oxygénée en se dissolvant, mais il n’est vraiment efficace qu’à chaud : il n’entre donc en jeu qu’une fois le sang visible parti, sinon la chaleur qui le rend utile coagulerait ce qui reste. La poudre se manipule avec des gants, loin des yeux : sa fiche de sécurité la classe comme provoquant des lésions oculaires graves, et une projection se rince longuement à l’eau avant d’appeler un centre antipoison.

Savon, sel ou eau oxygénée : comparer ce qu’on a sous la main

ProduitSur du sang fraisSur du sang séchéRéserve
Eau froideEnlève l’essentielRéhydrate en trempageAucune
Lessive enzymatiqueTrès efficaceLe meilleur agentPas sur laine ni soie
Eau oxygénée à 3 %EfficaceTraite le fond brunÉclaircit les teintures
Percarbonate de sodiumInutile à ce stadeFond brun sur blancAgit à chaud ; protéger les yeux
Savon de MarseilleAprès rinçage seulementFaibleFrotté d’emblée, enfonce la tache
SelFaibleFaibleLaisse un dépôt à rincer
Vinaigre blancFaibleFaiblePeu d’effet sur une protéine
Eau de JavelDécoloreDécoloreAuréole sur la couleur, détruit laine, soie, élasthanne

Le savon et la lessive classique sont des tensioactifs : ils émulsionnent le gras, et le sang n’en contient presque pas. Appliqués avant le rinçage, ils font pénétrer le sang plus profond. La javel casse la couleur du pigment mais pas la protéine, et laisse une auréole blanche sur un tissu teint ; elle casse aussi l’élasthanne présent dans presque tous les jerseys.

Sur un jean, le denim épais retient le sang dans sa trame serrée : le trempage froid doit être plus long, et une brosse à dents souple aide à faire sortir le dépôt réhydraté. L’indigo, en revanche, s’éclaircit facilement : l’eau oxygénée y laisse une zone plus pâle que le reste de la jambe, et on lui préfère la lessive enzymatique, quitte à répéter. Sur un drap ou une culotte en coton blanc, toutes les étapes sont permises, percarbonate compris.

Laine, soie, cachemire : l’enzyme qui ronge la fibre

La laine est faite de kératine, la soie de fibroïne : ce sont des protéines, comme la tache. La protéase d’une lessive enzymatique ne fait pas la différence et digère les deux. L’agent le plus efficace contre le sang est donc, sur ces fibres, le plus destructeur.

Le reste se ferme aussi. Au-delà d’environ trente degrés, la laine feutre et rétrécit ; le percarbonate libère du carbonate de sodium, très alcalin, qui lui fait perdre son élasticité ; la javel la dissout et troue la soie. Il reste trois gestes, à faire tôt : l’eau froide par l’envers, le tamponnement au buvard, et sur une laine claire seulement, l’eau oxygénée diluée après essai. Sur la soie, même elle ternit le brillant. Une soie tachée de sang séché part chez le pressing, ou reste tachée. Les quatre paramètres que fixe l’étiquette d’entretien sont expliqués sur la page textile et les pictogrammes sur celle des symboles d’entretien.

Drap passé au sèche-linge, tache cuite

Un drap sorti du sèche-linge avec sa tache, une chemise repassée par-dessus, un vêtement lavé à soixante degrés : la protéine a coagulé dans la trame et le pigment s’est oxydé. Ce n’est plus une tache à dissoudre mais une coloration de la fibre. Sur du blanc, un trempage au percarbonate ou l’eau oxygénée gagnent encore quelques tons ; sur la couleur, il n’y a plus grand-chose à espérer.

C’est pourquoi la seule vraie précaution est de vérifier avant de sécher. La chimie de la coagulation est détaillée sur la page sang. Le même sang sur un support qui ne se rince pas demande une autre méthode, décrite pour le matelas taché de sang, et une auréole jaune sous les bras, qui n’a rien à voir avec du sang, relève de la page auréoles de déodorant.

Sang : ce qui agit et ce qui détruit, matière par matière

« Sang » relève de la classe PRO — protéines. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict change de l’une à l’autre.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique
  • Percarbonate de sodium oxygène actif

Sous condition

  • Eau froide Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
  • Eau oxygénée Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique

Sous condition

  • Ammoniaque diluée Alcaline. Très diluée, brièvement, rincée aussitôt — et jamais sur la soie, qu’elle ternit.
  • Eau oxygénée Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.

Agit, mais détruit

  • Lessive enzymatique Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.
  • Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique
  • Percarbonate de sodium oxygène actif

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Revêtement et film M6 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique
  • Percarbonate de sodium oxygène actif

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau chaude Elle coagule la protéine, qui s’ancre alors dans la fibre. Au-delà de 40 °C, la tache est fixée.
  • Chaleur sèche Même effet, en pire : le fer cuit la protéine dans la trame et la brunit.
  • Vapeur C’est de l’eau à 100 °C : elle fixe.

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc Le vinaigre neutralise l’odeur ammoniacale de l’urine mais ne défait pas la protéine.
  • White-spirit Une protéine n’est pas grasse : un solvant apolaire ne la voit pas.

Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • Eau de Javel+Lessive enzymatique→ rien — les deux produits s’annulent

    Le chlore oxyde et dénature l’enzyme instantanément. La javel perd son chlore actif sur la matière organique de la lessive, et l’enzyme perd toute activité. On a payé deux produits pour n’en avoir aucun.

  • Chaleur (eau chaude, fer, sèche-linge)+Tache de sang, d’œuf, de lait ou de transpiration→ coagulation

    La protéine se déplie puis se lie mécaniquement à la fibre. La tache brunit et devient définitive. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus irréversible du détachage domestique, et elle est gratuite à éviter.

Questions fréquentes

Comment enlever une tache de sang séchée sur un vêtement ?

On la fait tremper dans l'eau froide, une demi-heure à quelques heures, pour réhydrater le dépôt. On applique ensuite une lessive enzymatique en pâte, trente minutes à une heure, puis on lave à 30-40 °C. S'il reste un fond brun, l'eau oxygénée sur la couleur ou le percarbonate sur le blanc le traitent.

Pourquoi laver le sang à l'eau froide et pas à l'eau chaude ?

Parce que la chaleur fait coaguler les protéines du sang, comme elle cuit un blanc d'œuf. Coagulées, elles s'accrochent à la fibre, brunissent et ne se dissolvent plus. L'eau froide les laisse solubles et les emporte.

Le savon de Marseille enlève-t-il le sang ?

Il aide une fois le sang rincé, mais il n'est pas le bon premier geste. Un savon émulsionne le gras, or le sang n'est pas gras ; frotté sur une tache fraîche, il l'enfonce dans la trame. On rince d'abord à l'eau froide, on savonne ensuite si besoin.

L'eau oxygénée enlève-t-elle le sang sur un vêtement de couleur ?

Elle enlève le sang, mais elle peut aussi éclaircir la teinture, définitivement. On l'essaie sur une couture intérieure et on attend le séchage avant de traiter la tache. Sur du blanc, c'est au contraire le meilleur choix.

Comment enlever une tache de règles sur une culotte ou un drap ?

Rinçage à l'eau froide par l'envers dès que possible, trempage à froid si la tache a séché, puis lavage à 30-40 °C avec une lessive enzymatique. Sur un drap blanc en coton, le percarbonate traite le fond restant. Le sèche-linge attend que la tache ait disparu.

Sources et méthode

  • INRS, fiche toxicologique FT 123 — Peroxyde d'hydrogène et solutions aqueuses
  • Fiche de données de sécurité du percarbonate de sodium (CAS 15630-89-4), rubrique 2 : H272, H302, H318
  • Norme NF EN ISO 3758 — Textiles, code d'étiquetage d'entretien au moyen de symboles (GINETEX)

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.