En bref
- Dans la minute : éponger en pressant, sans frotter, puis rincer à l'eau froide en abondance par l'envers du tissu.
- La couleur qui reste part à l'oxydant : percarbonate dans une eau à plus de quarante degrés sur un coton ou un lin, eau oxygénée à 3 % à froid sur une fibre délicate.
- Tache séchée : glycérine pure une heure pour la réhydrater, rinçage, puis oxydant.
- Pas de savon avant le rinçage, pas de fer ni de sèche-linge avant d'avoir vérifié la tache humide : le savon fait virer au gris, la chaleur rend le brun définitif.
Une tache de vin rouge s’enlève dans cet ordre : éponger en pressant sans frotter, rincer à l’eau froide en abondance par l’envers, puis oxyder la couleur qui reste avec de l’eau oxygénée ou du percarbonate. Le sel, le vin blanc et l’eau gazeuse ne font que diluer ou absorber, ce que l’eau et le papier font mieux. Une tache séchée se rattrape souvent, à condition de la réhydrater avant l’oxydant et de ne pas la sécher à chaud entre-temps.
Dans la minute : éponger, puis rincer à l’eau froide
Le premier geste est absorbant, pas liquide. On presse du papier absorbant ou un linge propre sur la tache, sans mouvement latéral, et l’on change de zone propre à chaque contact. Frotter à ce stade répartit le vin sur deux ou trois fois sa surface sans en retirer davantage. Sur une nappe, on glisse une épaisseur d’absorbant sous le tissu avant même de commencer.
Vient le rinçage à l’eau froide, en abondance et par l’envers. Par l’envers, l’eau pousse le colorant vers la face qu’il a touchée en premier au lieu de le faire traverser une seconde fois. À froid, parce que la chaleur accélère l’oxydation qui va brunir la tache. On rince jusqu’à ce que l’eau sorte claire. Sur une pièce qu’on ne peut pas passer sous le robinet, une carafe d’eau froide versée par petites quantités et épongée à chaque fois fait le même travail.
Une tache rincée dans les premières minutes disparaît souvent entièrement, ou ne laisse qu’une teinte rose que l’oxydant règle. C’est la fenêtre qui décide du résultat, plus que n’importe quel produit.
Sel, vin blanc, eau gazeuse, lait chaud : ce que font les remèdes
Le vin rouge attire plus de recettes que n’importe quelle tache. La plupart ont un point commun : elles diluent ou absorbent, ce que l’eau froide et un papier font aussi bien, et n’agissent pas sur le colorant lui-même.
| Remède | Ce qu’il fait réellement | Verdict |
|---|---|---|
| Sel | Absorbe un peu de liquide, rosit en s’imbibant | Illusion d’efficacité ; le papier fait mieux |
| Vin blanc | Dilue ; son alcool aide le colorant à pénétrer | Inutile, voire contre-productif |
| Eau gazeuse | Dilue, comme l’eau plate | Ni mieux ni moins bien que l’eau du robinet |
| Lait chaud | Dilue, apporte chaleur, protéines et matière grasse | Ajoute une tache à la première |
| Bicarbonate | Absorbe l’humidité ; légèrement alcalin | Peut faire virer au gris ; sans action sur la couleur |
| Savon de Marseille appliqué d’emblée | Alcalin, fait virer et peut fixer le tanin | À réserver à la fin, après rinçage et oxydant |
| Eau froide | Dilue et emporte avant fixation | Le premier geste, toujours |
| Eau oxygénée 3 %, percarbonate | Oxydent et décolorent le pigment | Le traitement de la couleur |
Le problème des recettes empilées n’est pas qu’elles soient dangereuses : c’est qu’elles occupent les minutes où le rinçage aurait été décisif. Sel, puis vin blanc, puis eau gazeuse, puis bicarbonate, c’est quatre gestes inutiles pendant que la couleur s’installe.
Tache de vin séchée : réhydrater, puis oxyder
Une tache sèche n’est plus un liquide à rincer : le colorant s’est lié à la fibre et a commencé à brunir. On la rend de nouveau attaquable avec de la glycérine pure, appliquée sur la tache et laissée une heure. La glycérine est un humectant : elle réhydrate le complexe coloré sans rien dissoudre elle-même. On rince ensuite à l’eau tiède.
L’oxydant fait le reste. Le percarbonate de sodium, dissous dans une eau à plus de quarante degrés, libère de l’eau oxygénée qui casse les liaisons responsables de la couleur. Il agit beaucoup plus lentement à froid, et un trempage trop froid ou trop court est la première cause d’échec ; les doses et températures sont détaillées dans notre guide du percarbonate de soude pour le linge. Sa poudre provoque des lésions oculaires graves selon sa fiche de données de sécurité : gants, et on la verse sans la faire voler, loin du visage. Sur une fibre qui refuse la chaleur, l’eau oxygénée à 3 % fait le même travail plus lentement, à froid, et se décompose en eau et en oxygène sans laisser de résidu.
L’acide citrique a une utilité précise : il ramène le milieu vers l’acide, ce qui rend au colorant sa teinte rouge après un virage au gris, et il retient les ions métalliques qui participent à la fixation. Le liquide vaisselle vient en dernier, une fois la couleur traitée, pour emporter le sucre et la glycérine naturelle du vin qui rendent la zone collante et la font regriser à l’usage.
Nappe, chemise, laine, canapé, moquette, marbre
Le vin est facile sur les matières permissives et difficile sur les poreuses, parce que l’alcool l’a fait descendre plus bas que la surface.
Sur une nappe ou une chemise en coton ou en lin, tout est ouvert : rinçage froid, percarbonate à sa vraie température, lavage. Une nappe blanche revient souvent à son état d’origine. Le seul arbitrage porte sur la teinture : l’eau oxygénée éclaircit les couleurs, et l’eau de Javel, tolérée sur le coton blanc si l’étiquette l’autorise, laisse sur une couleur une auréole blanche définitive.
Sur la laine et la soie, l’essentiel se referme. L’eau au-delà de trente degrés fait feutrer la laine, et le percarbonate, alcalin, lui fait perdre son élasticité. Restent l’eau froide, et l’eau oxygénée à 3 % sur une laine claire après essai sur une couture. Sur la soie, le peroxyde ternit le brillant : une pièce de valeur part chez le teinturier. Sur un polyester ou un tissu stretch, l’oxydant à quarante ou cinquante degrés suffit, sans fer, et sans javel, qui casse l’élasthanne.
Sur un canapé ou une moquette, on ne rince pas à grande eau : le liquide descend dans le garnissage et remonte en auréole. On travaille avec peu d’eau, en plusieurs passages, par absorption. Le détail est sur la page vin rouge sur un canapé.
Sur un marbre, une pierre calcaire ou un joint de carrelage, la porosité aspire le vin et l’alcool accélère la descente. L’acide citrique qu’on emploierait volontiers grave ces matières, faites de carbonate de calcium : une zone mate et rugueuse remplace la tache. On s’en tient à l’eau oxygénée en compresse, et une tache ancienne sur du marbre relève d’un professionnel de la pierre. Sur le verre, l’émail et l’inox, rien ne pénètre et la tache s’essuie même tardivement.
Pourquoi la tache vire au bleu, puis au brun
La couleur du vin rouge vient de la peau du raisin, sous forme d’anthocyanes, les mêmes pigments que ceux des fruits rouges, avec la même sensibilité au pH : rouges en milieu acide, elles virent au bleu-gris en milieu alcalin. C’est pourquoi un savon appliqué trop tôt donne l’impression d’avoir aggravé la tache. Le colorant n’est pas fixé, il a changé d’état, et un rinçage ou une goutte d’acide citrique le ramène.
Le brun vient d’ailleurs. Les tanins condensés du vin, des polyphénols issus des pépins, des peaux et parfois du bois de la barrique, se lient aux anthocyanes en complexes plus gros et plus stables. Sur un tissu, cette chimie du vieillissement se produit en accéléré : la tache passe du rouge-violet au brun-brique en quelques heures, et ce brun-là ne se rince plus. Le café et le thé brunissent pour la même raison, comme l’explique la page café.
L’alcool explique enfin la ténacité du vin face à un jus de fruit. Un liquide alcoolisé mouille mieux une fibre que l’eau seule : il s’insinue plus vite entre les fibres et pénètre plus profond avant de sécher. Le fer à repasser et le sèche-linge achèvent l’oxydation du complexe et rendent le brun permanent. On vérifie donc toujours une pièce tachée humide, à la lumière du jour, avant tout séchage en machine.
Vin sur les sept classes de matières
Vin relève de la classe TAN — tanins et colorants végétaux. Le tableau ci-dessous résume, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit ; le détail de chaque geste est sur les pages de matière.
Fibre cellulosique M2 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Percarbonate de sodium
- Acide citrique
- Glycérine
- Eau chaude
Sous condition
- Eau froide
- Eau oxygénée
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide
- Percarbonate de sodium
- Eau oxygénée
- Acide citrique
- Glycérine
- Eau chaude
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide
- Percarbonate de sodium
- Eau oxygénée
- Acide citrique
- Glycérine
- Eau chaude
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Minéral poreux M4 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide
- Percarbonate de sodium
- Eau oxygénée
- Glycérine
- Eau chaude
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
- Acide citrique
Fibre protéique M1 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide
- Acide citrique
- Glycérine
Sous condition
- Eau oxygénée
Agit, mais détruit
- Percarbonate de sodium
- Eau chaude
Revêtement et film M6 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide
- Percarbonate de sodium
- Eau oxygénée
- Acide citrique
- Glycérine
- Eau chaude
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Peau vivante M7 porosité faible
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide
- Percarbonate de sodium
- Eau oxygénée
- Acide citrique
- Glycérine
- Eau chaude
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Ce qui aggrave la tache
- Cristaux de soude
- Liquide vaisselle
- Chaleur sèche
Ce qui ne sert à rien
- White-spirit
- Bicarbonate de sodium
Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.
Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais
Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux
L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.
Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.
Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène
L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.
Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.
Eau de Javel+Acier inoxydable→ corrosion par piqûres
Les ions chlorure percent localement la couche passive de chrome qui protège l’inox. Il apparaît des points de rouille qui creusent, en général quelques jours après. Un évier ou une plaque de cuisson laissés sous javel ne se réparent pas.
Tout acide, vinaigre inclus+Marbre, pierre calcaire, travertin, terre cuite, joint de ciment→ dissolution du carbonate de calcium
La surface se dissout : elle devient mate, rugueuse, légèrement en creux. On appelle cela une gravure, et elle ne se rattrape qu’au reponçage. Le liant d’un joint de ciment se délite de la même façon.
Questions fréquentes
Comment enlever une tache de vin rouge fraîche ?
Épongez immédiatement en pressant un papier absorbant ou un linge propre, sans frotter. Rincez ensuite à l'eau froide en abondance par l'envers du tissu, jusqu'à ce que l'eau sorte claire. Si une teinte rose persiste, traitez-la avec un oxydant avant tout lavage chaud.
Comment enlever une tache de vin séchée ?
Il faut d'abord la réhydrater : la glycérine pure, laissée une heure puis rincée, rend le colorant oxydé de nouveau attaquable. On enchaîne par un oxydant, percarbonate de sodium dans une eau à plus de quarante degrés sur du coton, ou eau oxygénée à 3 % à froid sur une fibre délicate.
Le vin blanc enlève-t-il une tache de vin rouge ?
Non, il dilue, et l'eau claire dilue mieux et gratuitement. Le vin blanc est une eau légèrement acide et alcoolisée, et son alcool aide même le colorant à pénétrer. La recette survit parce qu'elle est spectaculaire à raconter.
Faut-il mettre du sel sur une tache de vin ?
Le sel absorbe un peu de liquide, comme n'importe quelle poudre, mais il n'a aucune action chimique sur les anthocyanes ni sur les tanins. Il donne l'illusion d'agir parce qu'il rosit en s'imbibant. Du papier absorbant fait la même chose mieux.
Pourquoi ma tache de vin est-elle devenue bleue ou grise ?
Les anthocyanes du vin changent de couleur avec le pH : elles virent au bleu-gris en milieu alcalin, donc sous l'effet d'un savon. Le colorant n'a pas été fixé, il a changé d'état, et un rinçage abondant à l'eau claire ou une goutte d'acide citrique ramène la teinte vers le rouge.
Sources et méthode
- Fiche de données de sécurité du percarbonate de sodium (Loba Chemie), rubrique 2 : H318, lésions oculaires graves
- INRS, fiche toxicologique FT 123 — Peroxyde d’hydrogène et solutions aqueuses
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.