En bref

  • Le percarbonate de soude (percarbonate de sodium) se dissout en carbonate de sodium et en eau oxygénée : c'est l'eau oxygénée qui décolore les taches et ravive le blanc.
  • Il ne travaille vraiment qu'à partir de 40 °C, et mieux vers 50 à 60 °C. Dans un lavage à 30 °C, il libère peu d'oxygène actif et déçoit.
  • Ordres de grandeur repris des emballages : une à deux cuillères à soupe dans le tambour pour une machine, ou une cuillère à soupe pour quelques litres d'eau chaude en trempage. La dose du fabricant prime.
  • À écarter sur la laine, la soie, le cuir et le jean ; à tester sur les couleurs. Gants et prudence pour les yeux : la poudre est classée H318, lésions oculaires graves.

Le percarbonate de soude blanchit et détache le linge parce qu’il libère de l’eau oxygénée en se dissolvant, mais il ne le fait vraiment qu’à partir de 40 °C, et au mieux entre 50 et 60 °C. Comptez, selon les emballages, une à deux cuillères à soupe dans le tambour d’une machine, ou une cuillère à soupe pour quelques litres d’eau chaude en trempage. Il est redoutable sur le coton et le lin blancs, à tester sur les couleurs, et à proscrire sur la laine, la soie et le jean.

Une poudre qui transporte de l’eau oxygénée

Le nom « percarbonate de soude » est l’appellation courante du percarbonate de sodium. Ce n’est pas un carbonate renforcé, mais un assemblage solide de carbonate de sodium et de peroxyde d’hydrogène, de formule 2 Na2CO3 · 3 H2O2. Le peroxyde d’hydrogène, c’est l’eau oxygénée de la pharmacie, à une autre concentration.

Mis dans l’eau, le grain se défait en ses deux composants. Le carbonate de sodium rend le bain alcalin et aide la lessive à décoller les salissures grasses. Le peroxyde d’hydrogène fait le travail spécifique du produit : il oxyde les molécules colorées des taches et les rend incolores. La tache n’est pas arrachée de la fibre, elle cesse simplement de renvoyer de la couleur.

Ce mode d’action explique ce qu’il traite bien et ce qu’il ne traite pas. Il vient à bout des tanins et colorants végétaux : vin, café, thé, jus de fruits rouges, herbe une fois le gras retiré. Il ravive aussi le blanc d’un linge grisé ou jauni. Il n’a pas d’effet sur la rouille, qui n’est pas une couleur à oxyder mais un oxyde de fer déjà formé, ni sur le gras pur.

ProduitCe qu’il contientCe qu’il fait au linge
Bicarbonate de soudeHydrogénocarbonate de sodium, base faibleDésodorise, adoucit un peu l’eau, sans blanchir
Cristaux de soudeCarbonate de sodium, base plus forteDégraisse et renforce la lessive, sans blanchir
Percarbonate de soudeCarbonate de sodium + peroxyde d’hydrogèneDégraisse un peu, décolore les taches, blanchit
Eau de JavelHypochlorite de sodiumBlanchit et désinfecte, mais attaque fibres et couleurs

Pour le bicarbonate, son usage réel et ce que vaut son mélange avec le vinaigre, voir notre page bicarbonate de soude et vinaigre.

Pourquoi la température décide de tout

C’est le point sur lequel la plupart des déceptions se jouent. Le percarbonate libère son eau oxygénée lentement à froid et rapidement à chaud. Dans un lavage à 30 °C, le bain contient peu d’oxygène actif pendant la durée du cycle, et le linge ressort à peu près comme il serait sorti sans lui.

Température du bainCe qu’on peut attendre
20 à 30 °CEffet faible, même en forçant la dose
40 °CLe produit commence à travailler, utile en trempage prolongé
50 à 60 °CPlein effet : blanchiment et décoloration des taches
Au-delà de 60 °CLibération rapide, mais le produit s’épuise vite ; seulement si l’étiquette du linge l’autorise

Les lessives en poudre dites « à l’oxygène actif » contiennent déjà du percarbonate, souvent associé à un activateur qui le fait travailler à plus basse température. Les lessives liquides n’en contiennent généralement pas, parce que le peroxyde s’y conserve mal. Ajouter du percarbonate a donc plus d’intérêt avec une lessive liquide qu’avec une poudre qui en contient déjà.

En machine : où le verser et combien

Le percarbonate se verse directement dans le tambour, sur le linge, et non dans le bac à produits, où il risque de mal se dissoudre et de former un dépôt. La lessive habituelle reste dans son bac.

  1. Vérifier l’étiquette d’entretien : le linge doit supporter 40 °C au moins, et le symbole du triangle ne doit pas être barré.
  2. Verser la dose dans le tambour vide, puis charger le linge par-dessus.
  3. Mettre la lessive habituelle dans son bac, et choisir un programme à 40 °C minimum, 60 °C pour le blanc en coton.
  4. Ne pas ajouter de vinaigre dans le bac d’adoucissant pour ce cycle.

Côté dose, les emballages indiquent le plus souvent une à deux cuillères à soupe par machine, soit de l’ordre de 15 à 30 g. Une eau calcaire ou un linge très sale justifie le haut de la fourchette. Ces chiffres sont des ordres de grandeur : la dose imprimée sur votre paquet prime, parce que tous les produits n’ont pas la même concentration.

En trempage : pour les taches et le blanc grisé

Le trempage est la façon la plus efficace d’employer le percarbonate, parce qu’il laisse au produit le temps qui lui manque dans un cycle court. On l’utilise sur une tache de tanins qui a résisté, sur des torchons ou du linge de table taché, ou sur un blanc devenu gris.

  1. Remplir une bassine en plastique d’eau aussi chaude que le tissu l’accepte, 40 °C au minimum. Pas de bassine en aluminium, que le bain alcalin attaque.
  2. Dissoudre le percarbonate, en général une cuillère à soupe pour quelques litres d’eau selon l’emballage, en remuant avec un ustensile et non à mains nues.
  3. Immerger le linge, laisser agir de une heure à une nuit selon la tache. L’eau refroidit, et le produit ralentit avec elle : pour une tache tenace, on renouvelle le bain chaud plutôt que de prolonger.
  4. Rincer, puis laver normalement.

Le bain se prépare au moment de l’emploi. Une solution de percarbonate perd son oxygène actif en quelques heures et ne se garde pas d’un jour à l’autre.

Une tache récente se traite d’abord autrement. Sur le vin ou le café, on rince d’abord à l’eau froide par l’envers, puis on passe à l’oxydant : l’ordre complet est dans notre page sur la tache de vin rouge. Sur le sang, le percarbonate en eau chaude est à proscrire en premier geste : la chaleur coagule les protéines et les fixe dans la fibre, comme nous l’expliquons pour enlever une tache de sang.

Le linge blanc : raviver sans javelliser

Le blanc qui grisit ou jaunit n’est pas toujours sale au sens d’une tache. Le gris vient souvent de salissures et de calcaire redéposés au fil des lavages ; le jaune des cols et des aisselles, du sébum et des résidus de déodorant oxydés. Le percarbonate agit sur les deux, à condition de lui donner chaleur et temps.

Sur du coton ou du lin blancs, un trempage chaud de quelques heures, suivi d’un lavage à 60 °C avec une dose de percarbonate dans le tambour, donne en général le meilleur résultat. On répète plutôt qu’on ne force la dose : un blanc très gris revient en deux ou trois cycles.

Le percarbonate a sur l’eau de Javel deux avantages pour le linge. Il ne jaunit pas les fibres synthétiques et l’élasthanne comme le chlore peut le faire, et il se décompose en eau, en oxygène et en carbonate, sans odeur de chlore. Il ne remplace pas en revanche un azurant optique, présent dans de nombreuses lessives, qui donne un blanc « éclatant » par fluorescence : c’est un autre mécanisme.

Les tissus et les cas où s’en passer

Le bain de percarbonate est alcalin et oxydant. C’est ce qui le rend efficace, et ce qui le rend dangereux pour certaines fibres. Les tolérances de chaque fibre sont détaillées dans notre page pour enlever une tache sur un vêtement.

TissuPercarbonatePourquoi
Coton, lin blancsOui, à chaudIls tolèrent l’alcalin, la chaleur et l’oxydant
Coton, lin de couleurAprès essaiCertaines teintures pâlissent
Polyester, polyamideOui, à la température permise par l’étiquetteLa tache reste en surface ; éviter de dépasser la température prévue
JeanNonL’indigo s’éclaircit et laisse une zone plus pâle
Laine, soie, cachemireNonL’alcalin et l’oxydant abîment ces fibres protéiques
Cuir, daimNonLe bain dégraisse et durcit la peau
Linge avec boutons ou fermetures métalliquesAvec prudenceUn long trempage peut ternir certains métaux

Pour les fibres délicates, l’eau oxygénée à 3 % appliquée à froid sur la tache, après essai sur une couture intérieure, reste la voie de l’oxydation douce.

Sécurité : ce qui ne se mélange pas

La poudre de percarbonate est classée H318, lésions oculaires graves, ainsi que H302, nocif en cas d’ingestion, et H272, comburant. On la manipule avec des gants, sans se pencher au-dessus du bac, et on la range hors de portée des enfants, au sec, dans son emballage d’origine.

Deux mélanges sont à proscrire. Le vinaigre, ou tout acide, neutralise le carbonate et, au contact du peroxyde d’hydrogène, peut former de l’acide peracétique, que l’INRS classe comme corrosif pour les yeux, la peau et les voies respiratoires. L’eau de Javel et le peroxyde se détruisent mutuellement en libérant de l’oxygène : on perd les deux produits, et on ne gagne rien. Entre deux traitements différents, on rince complètement.

Enfin, le percarbonate humide continue de libérer de l’oxygène. Un pot mal fermé dans une salle de bains humide perd son efficacité, et un bocal hermétique contenant de la poudre mouillée peut monter en pression. Une poudre qui s’agglomère en bloc a pris l’humidité et a perdu une partie de son effet.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • Soude caustique ou cristaux de soude+Aluminium→ dihydrogène

    L’aluminium est amphotère : il réagit avec les bases fortes. Le dégagement d’hydrogène est vif, inflammable, et dans un récipient fermé il monte en pression. La casserole en alu, elle, est perdue.

  • Tout acide, vinaigre inclus+Marbre, pierre calcaire, travertin, terre cuite, joint de ciment→ dissolution du carbonate de calcium

    La surface se dissout : elle devient mate, rugueuse, légèrement en creux. On appelle cela une gravure, et elle ne se rattrape qu’au reponçage. Le liant d’un joint de ciment se délite de la même façon.

Questions fréquentes

Combien de percarbonate de soude mettre dans une machine à laver ?

Les emballages indiquent le plus souvent une à deux cuillères à soupe, versées directement dans le tambour avec la lessive habituelle. La dose dépend du produit, de la dureté de l'eau et du degré de salissure : celle qui figure sur votre paquet fait foi. Le lavage doit être à 40 °C au moins pour que le percarbonate agisse.

Le percarbonate de soude fonctionne-t-il à 30 degrés ?

Très peu. Il libère son eau oxygénée lentement à basse température, si bien qu'un lavage à 30 °C n'en tire presque rien. Il commence à travailler vers 40 °C et donne son plein effet vers 50 à 60 °C. Pour un linge qui ne supporte pas la chaleur, l'eau oxygénée liquide à 3 % agit à froid.

Peut-on mettre du percarbonate sur du linge de couleur ?

Souvent, car il est bien moins brutal que l'eau de Javel, mais pas toujours. Certaines teintures, l'indigo du jean en particulier, s'éclaircissent au contact de l'eau oxygénée. On fait un essai sur une couture intérieure avant de traiter un vêtement coloré, et on évite les tissus dont la couleur a déjà dégorgé.

Quelle différence entre percarbonate, bicarbonate et cristaux de soude ?

Le bicarbonate est une base faible qui désodorise et récure doucement. Les cristaux de soude, du carbonate de sodium, sont une base plus forte qui dégraisse. Le percarbonate contient ce même carbonate associé à de l'eau oxygénée : c'est le seul des trois qui blanchit et décolore une tache.

Peut-on mélanger percarbonate et vinaigre blanc ?

Non. Le vinaigre neutralise le carbonate et gâche le produit, et au contact du peroxyde d'hydrogène il peut former de l'acide peracétique, irritant pour les yeux et les voies respiratoires. Si l'on veut employer les deux, on rince complètement le linge entre les deux étapes.

Sources et méthode

  • ECHA, classification harmonisée du percarbonate de sodium (CE 239-707-6) : H272, H302, H318
  • Composition du percarbonate de sodium, 2 Na2CO3 · 3 H2O2, et sa dissociation dans l'eau en carbonate de sodium et peroxyde d'hydrogène
  • INRS, fiche toxicologique de l'acide peracétique : formation au contact du peroxyde d'hydrogène et de l'acide acétique
  • Réaction du peroxyde d'hydrogène avec l'hypochlorite de sodium : décomposition mutuelle avec dégagement d'oxygène

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