En bref

  • Une tache de curry, c'est un colorant jaune, la curcumine, dissous dans de l'huile. On enlève d'abord l'huile au liquide vaisselle, ensuite seulement le jaune.
  • Pour le jaune : l'alcool ménager le dissout, l'eau oxygénée ou le percarbonate le décolorent, et le soleil le détruit. Sur un blanc, quelques heures d'exposition sur tissu humide font souvent le reste.
  • Si la tache vire au rouge en savonnant, c'est normal : la curcumine change de couleur en milieu alcalin. Un rinçage à l'eau claire la ramène au jaune.
  • Pas de sèche-linge ni de fer tant qu'il reste du jaune : la chaleur sèche rend la tache brune et durable.

Une tache de curry part en trois temps : le liquide vaisselle pour l’huile de la sauce, puis l’alcool ménager ou un détachant oxygéné pour le jaune, puis le soleil sur le tissu lavé et encore humide. L’ordre compte, parce que le colorant du curcuma, la curcumine, est dissous dans la graisse : tant qu’elle est là, aucun produit n’atteint le jaune.

Sauce encore fraîche : les cinq premières minutes

On retire d’abord la sauce avec le dos d’une cuillère, en soulevant vers le centre plutôt qu’en poussant. Si c’est de la poudre sèche, on la secoue et on la brosse sans mouiller : un curcuma sec mouillé devient une tache, un curcuma sec brossé n’en laisse presque pas.

On pose ensuite une pincée de talc ou de terre de Sommières sur la partie grasse, quelques minutes, puis on la brosse. La poudre boit une partie de l’huile avant qu’elle ne descende dans la trame.

Vient ensuite le dégraissage. Une goutte de liquide vaisselle pur, travaillée du bout du doigt par l’envers, puis rincée. La température de l’eau dépend de la sauce : tiède ou chaude si elle ne contient que de l’huile et des épices, froide si elle contient du yaourt, de la crème, du lait de coco ou de l’œuf, dont les protéines coagulent à la chaleur. On répète tant qu’un halo plus pâle entoure le jaune : c’est l’huile qui a diffusé, et elle reviendrait en auréole au séchage.

À ce stade, il reste en général une tache jaune nette, sans relief. C’est le colorant, et il demande un autre produit.

Loin de chez soi, au restaurant ou au bureau, on se limite à deux gestes : soulever la sauce avec une serviette en papier, puis tamponner, sans frotter, avec une autre serviette à peine humide. Frotter une sauce grasse avec un tissu mouillé étale l’huile et son colorant sur une surface plus large. Si l’on a un gel hydroalcoolique, une petite noisette tamponnée sur le jaune commence déjà à dissoudre la curcumine. Le reste se traite à la maison, le jour même si possible, et surtout avant le premier lavage en machine.

Le jaune qui reste : alcool, oxydant ou soleil

Trois voies agissent sur la curcumine, par trois mécanismes différents.

MoyenCe qu’il fait au jauneTissusLimites
Alcool ménager ou alcool à brûlerLe dissout : la curcumine est soluble dans l’éthanolCoton, lin, polyester ; essai sur les couleursInflammable ; peut entraîner certaines teintures
Percarbonate de sodium (bain)Le décolore par oxydationCoton et lin blancs ou grand teintAlcalin, la tache rougit d’abord ; interdit sur laine et soie ; corrosif pour les yeux
Eau oxygénée à 10 volumesLe décolore plus doucementCouleurs après essai, laine claireÉclaircit certaines teintures
Soleil sur tissu humideDétruit le colorant à la lumièreBlancs surtoutFane les couleurs

Avec l’alcool. Un coton imbibé, tamponné sur la tache posée sur un chiffon blanc. Le jaune passe dans le chiffon du dessous, qu’on décale à mesure qu’il se colore. L’éthanol est très inflammable : petite quantité, pièce aérée, aucune flamme ni plaque allumée à côté, flacon refermé.

Avec le percarbonate. Un bain dans l’eau chaude permise par l’étiquette, où la poudre libère de l’eau oxygénée. Elle agit beaucoup plus vite à chaud qu’à froid. La poudre provoque des lésions oculaires graves : gants, et lunettes au moment de la verser. On ne la mélange jamais à de l’eau de Javel.

Avec le soleil. Le vêtement lavé, essoré, étendu encore humide en plein soleil. Sur un coton blanc, l’éclaircissement se voit en quelques heures, et l’on peut recommencer le lendemain. Le vêtement doit être propre : un reste d’huile au soleil jaunit au lieu de pâlir.

On vérifie toujours sur tissu sec, à la lumière du jour, avant tout passage au sèche-linge ou sous le fer.

Pourquoi la tache vire au rouge au savon

C’est la question qui inquiète le plus, et la réponse est rassurante. La curcumine est un indicateur coloré : comme un papier pH, elle change de teinte avec l’acidité. Jaune en milieu neutre ou acide, elle passe au rouge-orangé en milieu alcalin.

Or le savon de Marseille, les cristaux de soude, la plupart des lessives en poudre et le percarbonate sont alcalins. Une tache qui rougit sous le savon n’a donc ni empiré ni été fixée : elle a changé de couleur. Un rinçage abondant à l’eau claire la ramène au jaune, et le traitement continue.

Le revers de ce mécanisme : monter le pH « pour attaquer plus fort » ne sert à rien. Les cristaux de soude font rougir la tache sans la détruire.

Tache de curry ancienne ou déjà lavée

Une tache passée en machine sans prétraitement a perdu son huile, mais pas toujours toute son huile. On recommence donc par un dégraissage court, puis on enchaîne alcool et bain oxygéné, avec une journée de soleil entre deux essais sur un blanc.

Une tache passée au sèche-linge ou repassée a un autre pronostic. La chaleur sèche a oxydé le colorant et cuit le reste de graisse dans la fibre, souvent en brunissant le jaune. On peut l’éclaircir nettement sur un blanc, plus rarement l’effacer. Mieux vaut le savoir avant d’enchaîner six produits sur un tissu qui s’use à chaque passage.

Sur la laine et la soie, le dégraissage reste possible à l’eau tiède, brièvement. Le percarbonate est exclu : sa solution est alcaline, et la laine supporte mal l’alcalin et la chaleur. Il reste l’eau oxygénée diluée sur une laine claire après essai. Une pièce de valeur part chez le teinturier, avec la mention du produit déjà appliqué.

Vinaigre et bicarbonate, eau froide : trois conseils à corriger

Le vinaigre suivi du bicarbonate. Les deux réagissent ensemble : l’acide neutralise la base, la mousse est du gaz carbonique, et il reste de l’eau légèrement salée. Le mélange ne dissout ni l’huile ni la curcumine. Seul, le bicarbonate est en plus légèrement alcalin, donc il fait rougir la tache.

« Toujours de l’eau froide, l’eau chaude fixe la curcumine ». Ce qui fixe la tache, c’est la chaleur sèche (sèche-linge, fer, radiateur). L’eau chaude, elle, aide à enlever l’huile qui porte le colorant. La seule raison de rester à l’eau froide est une sauce au yaourt ou à la crème, pour ne pas coaguler ses protéines.

L’eau de Javel. Elle décolore la curcumine, mais aussi toutes les teintures, et laisse une auréole blanche sur une couleur. Elle abîme la laine, la soie et l’élasthanne des jerseys. Sur un coton blanc, le percarbonate ou le soleil font le même travail sans ces risques.

Et sur une boîte en plastique ou le bol du robot ?

Le curcuma jaunit aussi les boîtes de conservation et les bols de robot, parce que la curcumine dissoute dans l’huile pénètre en surface du plastique. Le traitement suit la même logique : liquide vaisselle chaud pour l’huile, puis lumière. Une boîte propre et sèche laissée plusieurs jours au soleil pâlit nettement. L’alcool sur un chiffon accélère le résultat, sur un plastique qui le tolère et après essai sur une face cachée.

Les symboles d’entretien qui fixent la température et l’eau de Javel permise sont expliqués sur la page textile. Le dégraissage seul, pour une tache d’huile sans colorant, est détaillé dans enlever une tache de graisse sur un vêtement. Une autre tache colorée qui change de teinte avec l’acidité est traitée dans enlever une tache de fruits rouges.

Curcuma et sauces épicées : ce qui agit et ce qui détruit, matière par matière

« Curcuma et sauces épicées » relève de la classe TAN — tanins et colorants végétaux. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict change de l’une à l’autre.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Percarbonate de sodium oxygène actif
  • Acide citrique
  • Glycérine
  • Eau chaude

Sous condition

  • Eau froide Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
  • Eau oxygénée Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Acide citrique
  • Glycérine

Sous condition

  • Eau oxygénée Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.

Agit, mais détruit

  • Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Percarbonate de sodium oxygène actif
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes
  • Acide citrique
  • Glycérine
  • Eau chaude

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Revêtement et film M6 porosité nulle

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide
  • Percarbonate de sodium oxygène actif
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes
  • Acide citrique
  • Glycérine
  • Eau chaude

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Ce qui aggrave la tache

  • Cristaux de soude Un pH élevé fonce la plupart des tanins : la tache vire au brun et devient plus difficile.
  • Liquide vaisselle Sur une tache de tanin non rincée, le savon alcalin peut fixer la couleur. Rincer avant de savonner.
  • Chaleur sèche Le séchage achève l’oxydation et rend le brunissement permanent.

Ce qui ne sert à rien

  • White-spirit Un tanin est hydrosoluble : un solvant apolaire n’y accède pas.
  • Bicarbonate de sodium Ni oxydant ni solvant du chromophore. Il absorbe l’humidité, rien de plus.

Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.

Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

Questions fréquentes

Quel détachant contre une tache de curry ?

Il en faut deux types, dans l'ordre. D'abord un dégraissant, le liquide vaisselle suffit, pour l'huile de la sauce. Ensuite un produit pour le jaune : alcool ménager pour le dissoudre, ou un détachant oxygéné (percarbonate, eau oxygénée) pour le décolorer. Un seul produit utilisé seul laisse presque toujours une moitié de la tache.

Comment enlever une tache de curry ancienne ?

On repart du dégraissage, car l'huile vieillie protège encore le colorant, puis on alterne alcool ménager et bain oxygéné, avec une exposition au soleil sur tissu humide entre deux essais. Si la tache est passée au sèche-linge, on peut l'éclaircir nettement sur un blanc, plus rarement la faire disparaître.

Pourquoi ma tache de curcuma est-elle devenue rouge ?

La curcumine est un indicateur coloré : jaune en milieu neutre ou acide, elle vire au rouge-orangé en milieu alcalin. Le savon, les cristaux de soude ou le percarbonate provoquent ce virage. La tache n'est pas fixée pour autant, et un rinçage à l'eau claire la fait revenir au jaune.

Le soleil enlève-t-il vraiment une tache de curry ?

Oui sur un textile blanc, après lavage : la curcumine se dégrade à la lumière, et un vêtement étendu humide en plein soleil s'éclaircit en quelques heures. Sur une couleur, le soleil fane aussi la teinture, donc l'exposition reste courte et surveillée.

Comment enlever une tache de curcuma sur du plastique ?

Sur une boîte ou un bol de robot, on dégraisse au liquide vaisselle, puis on laisse l'objet sec au soleil derrière une fenêtre ou dehors : le jaune pâlit en quelques jours. L'alcool ménager sur un chiffon aide sur un plastique qui le tolère, après essai sur une face cachée.

Sources et méthode

  • EFSA, Scientific Opinion on the re-evaluation of curcumin (E 100) as a food additive, EFSA Journal 2010;8(9):1679 : identité, solubilité (insoluble dans l'eau, soluble dans l'éthanol)
  • ECHA, classification du percarbonate de sodium (CE 239-707-6) : H272, H302, H318 — lésions oculaires graves
  • INRS, fiche toxicologique FT 48 — Éthanol : liquide et vapeurs très inflammables
  • INRS, fiche toxicologique FT 123 — Peroxyde d'hydrogène et solutions aqueuses

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.