En bref
- Ne pas frotter et ne pas mouiller au hasard : un coton-tige humide pressé sur le bord de la tache dit si l'encre part à l'eau ou non.
- Encre de stylo plume, feutre lavable, jet d'encre : rinçage à l'eau froide par l'envers, liquide vaisselle, lavage.
- Marqueur, feutre permanent, tampon : alcool isopropylique ou alcool à 90° tamponné au coton-tige, avec du papier absorbant sous le tissu, qu'on change dès qu'il se colore.
- Pas de sèche-linge ni de fer tant que la tache est visible. Pas d'acétone sur une doublure, pas d'eau de Javel sur une couleur ou un jersey.
Une tache d’encre sur un vêtement se traite selon une seule question : l’encre part-elle à l’eau ? Une encre de stylo plume, de feutre lavable ou d’imprimante à jet d’encre se rince à l’eau froide par l’envers. Une encre de marqueur, de feutre permanent ou de tampon demande de l’alcool, tamponné sur un papier absorbant posé sous le tissu. Un coton-tige humide suffit à savoir dans quel cas on se trouve.
Le premier geste, avant tout produit
Sur une tache fraîche, on tamponne avec un papier absorbant blanc, sans frotter, pour boire ce qui n’a pas encore pénétré. Frotter pousse l’encre dans la trame et l’étale sur une surface plus grande.
Puis on fait le test du coton-tige. On humecte un coton-tige d’eau claire et on le presse sur le bord de la tache, à un endroit peu visible. S’il se colore, l’encre est à l’eau. S’il reste blanc, l’eau ne fera que déplacer l’encre en auréole, et il faut un solvant.
Enfin, on lit l’étiquette du vêtement. La ligne de composition indique la fibre, et la doublure si elle existe. Les pictogrammes donnent la température maximale, l’eau de Javel permise ou non, le repassage. La page des symboles d’entretien les détaille.
Encre de stylo plume ou de feutre lavable : l’eau suffit
Ces encres sont faites d’un colorant dissous dans l’eau, et elles le restent même sèches.
On tend le tissu sous un filet d’eau froide, par l’envers, pour que l’encre ressorte par où elle est entrée au lieu de traverser toute l’épaisseur. On rince jusqu’à ce que l’eau sorte claire. On dépose ensuite une goutte de liquide vaisselle, qu’on fait mousser du bout du doigt, on rince, puis on lave au programme habituel.
Un fond de couleur sur un blanc en coton se traite ensuite dans un bain de percarbonate de sodium à l’eau chaude, si l’étiquette le permet. La poudre peut gravement léser les yeux : gants, et lunettes en la versant. Sur une couleur ou une laine claire, on la remplace par de l’eau oxygénée à 10 volumes, à froid, après essai sur une couture.
L’encre bleue de cartouche dite « effaçable » contient un colorant que l’effaceur décolore. Le stylo effaceur fonctionne donc souvent sur un tissu blanc, en petite touche. Sur un tissu de couleur, il peut aussi éclaircir la teinture.
Marqueur, feutre permanent, tampon : l’alcool, par paliers
Le colorant de ces encres ne se dissout pas dans l’eau, mais il se dissout dans l’alcool. Tous les solvants qui suivent sont inflammables : fenêtre ouverte, aucune flamme ni plaque allumée, gants en nitrile, cotons usagés mis à sécher dehors avant la poubelle.
- Poser plusieurs épaisseurs de papier absorbant sous la tache, contre l’envers. C’est là que l’encre va migrer.
- Faire l’essai sur une couture intérieure. Une goutte d’alcool, un coton blanc pressé dessus. S’il prend la couleur du vêtement, le solvant emporte aussi la teinture : on s’arrête.
- Tamponner à l’alcool isopropylique, au coton-tige, du bord vers le centre, par petites touches. C’est l’alcool le plus doux pour les impressions et les tissus enduits.
- Changer le coton dès qu’il se colore, et l’absorbant du dessous dès qu’il est marqué. Tant qu’il se teinte, l’encre sort.
- Passer à l’alcool à 90° si rien ne bouge après plusieurs passages, puis, sur coton ou lin seulement, à l’acétate d’éthyle ou à l’acétone. Jamais ces deux derniers sur une doublure, un acétate, un modacrylique, une impression ou un tissu enduit.
- Dégraisser avec une goutte de liquide vaisselle : le solvant enlève le colorant mais laisse la résine de l’encre, qui retiendrait la saleté.
- Laver, puis contrôler à la lumière du jour avant tout séchage. Le fond restant se traite à l’oxydant, comme ci-dessus.
Pour un stylo bille, l’encre est une pâte grasse qui ne réagit pas tout à fait comme un feutre : la méthode propre est sur la page stylo bille sur un tissu.
Lait, laque, vinaigre, dentifrice : ce que valent les remèdes de grand-mère
Les mêmes remèdes reviennent dans toutes les listes. Leur efficacité dépend de ce qu’ils contiennent vraiment.
| Remède | Ce qui agit | Verdict |
|---|---|---|
| Alcool à 70° ou 90° | Dissout le colorant des encres à solvant | La vraie base, à tamponner sur absorbant |
| Laque à cheveux | L’alcool qu’elle contient | Fonctionne quand elle est à base d’alcool, mais laisse une résine collante à laver |
| Lait (trempage) | Surtout l’eau, un peu les graisses du lait | Utile sur une encre à l’eau, faible sur un marqueur |
| Vinaigre blanc, citron | L’acidité, qui ne dissout pas l’encre | Peu d’effet, sauf comme eau de rinçage |
| Dentifrice | Un abrasif doux | Frotte l’encre plus loin dans la trame ; à éviter |
| Glycérine | Ramollit un dépôt sec | Préparation utile avant l’alcool, pas un détachant |
| Ammoniaque diluée | Milieu alcalin, dégraissant | Possible sur coton blanc ; jamais avec l’eau de Javel, gaz toxique |
| Eau de Javel | Oxyde tous les colorants, y compris ceux du tissu | Seulement sur coton blanc qui la tolère |
L’eau de Javel mérite un mot de plus. Sur une couleur, elle remplace une tache bleue par une tache blanche définitive. Elle casse l’élasthanne présent dans la plupart des jerseys, et détruit la laine et la soie. Mélangée à l’ammoniaque ou à un acide, elle dégage des gaz toxiques.
La tache est déjà passée en machine
Une encre à solvant passée en machine en sort souvent plus pâle mais plus étalée : la lessive l’a dispersée sans la dissoudre. Si le vêtement n’a été ni séché à chaud ni repassé, on reprend simplement la méthode à l’alcool, avec l’absorbant dessous, en traitant toute la zone pâle et pas seulement le cœur.
Si le vêtement est passé au sèche-linge ou sous le fer, la chaleur a fixé le colorant et la résine dans la fibre. On peut encore tenter un temps de pose à la glycérine, qui ramollit le dépôt, puis l’alcool. Un éclaircissement est possible, un retrait complet beaucoup moins.
Doublure, jersey, soie : là où l’on s’arrête
Trois cas limitent la méthode, quel que soit l’acharnement.
La doublure en acétate d’une veste, d’un manteau ou d’une jupe. L’acétone et l’acétate d’éthyle la dissolvent : le solvant traverse le drap et la troue. On lit les deux lignes de l’étiquette avant de dépasser l’alcool.
Le tissu dont la teinture part à l’essai. Sur une soie, un cachemire ou un coton foncé de qualité, une zone décolorée se voit plus qu’un trait d’encre. Une pièce de valeur va chez le teinturier, avec la mention du produit déjà appliqué.
L’encre pigmentée. Certaines encres d’imprimante, de feutres de dessin et de tampons contiennent des particules solides plutôt qu’un colorant dissous. Aucun solvant ne dissout une particule : il peut l’éclaircir, rarement l’effacer.
Le toner d’une imprimante laser est un cas à part : c’est une poudre qui fond à la chaleur. On l’enlève à sec, en secouant dehors puis en aspirant sans appuyer, avant toute eau, et surtout avant toute eau chaude. La logique de l’ensemble des encres est sur la page encre, et le même problème sur la peau sur la page encre sur les doigts.
Encre : ce qui agit et ce qui détruit, matière par matière
« Encre » relève de la classe COL — colorants en solvant. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict change de l’une à l’autre.
Fibre cellulosique M2 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol
- Alcool isopropylique propan-2-ol
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle
- Acétone propanone
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
- Percarbonate de sodium oxygène actif
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Fibre protéique M1 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol
- Alcool isopropylique propan-2-ol
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
Sous condition
- Acétone Sans danger pour la fibre elle-même, mais elle dissout les colorants et les apprêts.
- Ammoniaque diluée Alcaline. Très diluée, brièvement, rincée aussitôt — et jamais sur la soie, qu’elle ternit.
Agit, mais détruit
- Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
Le cas où l’on passe la main
Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.
Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
- Percarbonate de sodium oxygène actif
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
Sous condition
- Alcool à brûler ou à 90° Fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. Bref contact, chiffon à peine humide.
- Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.
Agit, mais détruit
- Dissolvant sans acétone Même famille de solvants, même risque sur les mêmes plastiques, en un peu plus lent.
- Acétone Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène. Elle ne les tache pas : elle les troue, les blanchit ou les fissure.
Revêtement et film M6 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
- Percarbonate de sodium oxygène actif
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
Sous condition
- Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.
Agit, mais détruit
- Alcool à brûler ou à 90° Détruit l’oléophobe d’un écran — la couche qui repousse les traces de doigt — et ternit les vernis à bois.
- Dissolvant sans acétone Même effet que l’acétone sur les vernis, à peine plus lent.
- Acétone Dissout tout vernis et toute peinture, y compris celle qu’on essaie de protéger. Sur une carrosserie, elle mate le vernis en quelques secondes.
Ce qui aggrave la tache
- Eau froide L’eau ne dissout pas le colorant mais elle le transporte : la tache s’étale sans s’éclaircir.
- Action mécanique Frotter un colorant liquide multiplie la surface tachée par deux ou trois.
Ce qui ne sert à rien
- Vinaigre blanc Rien à attaquer : le colorant n’est ni un carbonate ni un oxyde.
Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.
Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais
Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux
L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.
Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.
Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène
L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.
Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.
Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone
Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.
Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique
Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.
Questions fréquentes
Comment enlever une tache d'encre sèche sur un vêtement ?
On fait d'abord le test du coton-tige humide pour savoir si l'encre est à l'eau. Si oui, un trempage à l'eau froide puis un savonnage suffisent souvent, même sèche. Sinon, alcool tamponné sur un absorbant, en plusieurs passages, avant tout lavage en machine.
L'alcool enlève-t-il l'encre sur un tissu ?
Oui pour les encres de feutre permanent, de marqueur, de tampon et la plupart des stylos bille, dont le colorant est soluble dans l'alcool. Il faut tamponner sur un papier absorbant posé sous le tissu, sinon l'encre s'étale. On fait un essai sur une couture intérieure, car l'alcool peut aussi entraîner la teinture du vêtement.
Le vinaigre blanc enlève-t-il une tache d'encre ?
Très peu. Il est efficace contre le calcaire, pas contre un colorant d'encre, qu'il ne dissout pas. Sur une encre à l'eau, c'est surtout l'eau qu'il contient qui agit, et l'eau claire fait aussi bien.
Une tache d'encre part-elle au lavage en machine ?
Une encre lavable de feutre scolaire ou de stylo plume, souvent. Une encre de marqueur ou de tampon, non : la lessive l'étale sur toute la zone, et le séchage la fixe. On prétraite donc avant la machine et on vérifie avant tout séchage.
Comment enlever une tache d'encre déjà lavée ?
Si le vêtement n'a pas été séché à chaud, la tache reste attaquable : on reprend à l'alcool sur un absorbant. S'il est passé au sèche-linge ou sous le fer, le retrait complet devient peu probable. Un temps de pose à la glycérine avant un dernier essai peut ramollir le dépôt.
Sources et méthode
- INRS, fiches toxicologiques FT 66 — Alcool isopropylique, FT 48 — Éthanol, FT 18 — Acétate d'éthyle et FT 3 — Acétone (inflammabilité)
- INRS, fiche toxicologique FT 16 — Ammoniac et solutions aqueuses
- Fiche de données de sécurité du percarbonate de sodium (CAS 15630-89-4), rubrique 2 : H272, H302, H318
- Norme NF EN ISO 3758 — Textiles, code d'étiquetage d'entretien au moyen de symboles (GINETEX)
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.