En bref
- Une tache de stylo bille part à l'alcool à 90° ou à l'alcool isopropylique, tamponné au coton-tige. L'eau savonneuse, elle, élargit la marque sans l'éclaircir.
- Le geste qui décide est un papier absorbant glissé sous le tissu : l'encre dissoute descend dedans au lieu de s'enfoncer dans la trame.
- Avant l'alcool, un essai sur une couture intérieure : sur une soie, un imprimé ou une doublure en acétate, on peut perdre la couleur ou la fibre.
- Les deux alcools sont très inflammables : petites quantités, fenêtre ouverte, aucune flamme ni cigarette à proximité.
Pour enlever une tache de stylo bille, on pose le tissu sur un papier absorbant et on tamponne la marque avec un coton-tige imbibé d’alcool à 90° ou d’alcool isopropylique. L’encre se dissout et descend dans le papier, qu’on change dès qu’il se colore. L’eau savonneuse, réflexe de tout le monde, est le seul geste à éviter : elle promène l’encre sans la dissoudre.
La méthode à l’alcool, avec un absorbant sous le tissu
Comptez un quart d’heure pour un trait de quelques centimètres. On travaille à plat, sur une table protégée, fenêtre ouverte : l’alcool à 90° et l’isopropanol sont des liquides très inflammables dont les vapeurs prennent feu dès la température ambiante. Selon les fiches de l’INRS, le point d’éclair est de 13 °C pour l’éthanol et de 12 °C pour l’isopropanol. Le flacon reste fermé entre deux touches, et l’on se tient loin d’une plaque de cuisson, d’une bougie, d’une cigarette ou d’un radiateur soufflant.
- Ne pas mouiller. Poser le vêtement à plat, la tache vers le haut, sans étirer la zone.
- Glisser l’absorbant. Quatre ou cinq feuilles de papier absorbant sous la tache, au contact direct de l’envers. C’est ce paquet qui recevra l’encre, et sa couleur montre si l’on avance.
- Faire l’essai. Une goutte d’alcool sur une couture intérieure, une minute, puis un coton blanc pressé dessus. Si le coton prend la teinture du vêtement, on s’arrête.
- Tamponner en partant de l’extérieur de la marque et en revenant vers son cœur, touche après touche. On ne verse jamais : une flaque d’alcool pousse l’encre vers les bords et y dépose un anneau.
- Renouveler le coton dès qu’il bleuit et le papier du dessous dès qu’il est marqué. Un absorbant saturé rend ce qu’il a pris.
- Laisser évaporer entre deux passages, et répéter trois ou quatre fois.
- Dégraisser. L’alcool emporte le colorant mais laisse les résines de l’encre, sous forme d’un voile gris. Une goutte de liquide vaisselle sur la zone humide, émulsionnée du doigt, puis un rinçage à l’eau froide, retire ce voile.
- Laver selon l’étiquette, et vérifier avant tout séchage. Cotons et papiers imbibés s’évaporent à l’extérieur avant d’être jetés.
S’il reste une ombre sur un blanc ou une couleur solide, on fait tremper la pièce avec du percarbonate de sodium, à la température maximale de l’étiquette, pour casser le colorant restant. La poudre se dose avec des gants, sans la faire voler : sa fiche de sécurité la classe H318, lésions oculaires graves. Sur une laine claire, l’eau oxygénée du commerce, à froid et après essai, est l’option prudente.
Coton, jean, polyester, laine : ce que chaque tissu accepte
Deux étiquettes cousues suffisent : la composition dit de quelle fibre il s’agit, les symboles d’entretien jusqu’où on peut chauffer et chlorer. Ce sont les deux seules informations utiles avant de choisir.
| Tissu | Alcool à 90° ou isopropylique | Risque principal | Remarque |
|---|---|---|---|
| Coton, lin, viscose | Oui | Faible | Le cas le plus favorable |
| Jean (denim) | Oui, après essai | L’indigo dégorge | Ne pas brosser : la zone pâlit |
| Polyester, polyamide | Oui, après essai | Teinture | Fibres résistantes, couleurs parfois fragiles |
| Laine, soie | Avec prudence | Teinture et apprêts | Pièce de valeur : pressing |
| Doublure en acétate | Alcool seul, après essai | Fibre | Jamais d’acétone : elle troue |
| Imprimé, flocage, enduit | Non | Le motif part avant l’encre | Tache sur le motif : on la garde |
| Cuir (canapé, sac) | Non | La finition pigmentée | Relève du réparateur |
Le piège qu’on ne voit pas est la doublure. Beaucoup de doublures glissantes de veste ou de jupe sont en acétate, que l’acétone d’un dissolvant dissout : appliqué sur l’endroit, il traverse et perce la doublure. Sur une sérigraphie ou un flocage, l’alcool attaque le film imprimé, et aucun dosage n’épargne l’impression placée à côté de la tache.
Bille, gel ou feutre ? Le test du coton-tige mouillé
Trois écritures se ressemblent sur un tissu et ne se traitent pas pareil. Le stylo bille laisse un trait un peu brillant, légèrement en relief sous le doigt : c’est une encre pâteuse. Le stylo gel et le roller déposent une encre plus fluide, souvent à base d’eau, qui pénètre plus loin mais se rince mieux. Le feutre, enfin, est lavable ou permanent, et le corps du stylo ne le dit pas toujours.
Un coton-tige humecté d’eau claire, appuyé un instant sur la marque, tranche la question. S’il se colore, l’encre est hydrosoluble : eau froide et liquide vaisselle suffisent, sans solvant. S’il reste blanc, l’encre est en solvant et seul l’alcool la reprendra. Les encres liquides, feutres compris, sont traitées sur la page encre sur un vêtement.
Lait, citron, laque, vinaigre : ce que valent les astuces
Le lait revient dans presque toutes les listes. Il n’a aucun mécanisme sur un colorant d’encre en solvant, et il dépose des protéines que l’eau chaude du lavage coagulera. On remplace une tache par deux.
Le jus de citron et le vinaigre blanc sont des acides. Ils dissolvent le calcaire et certains oxydes, pas un colorant organique tenu par des résines. Ils n’enlèvent donc pas le trait, et le citron laissé au soleil sur un tissu coloré risque surtout d’en pâlir la teinture.
La laque pour cheveux fonctionnait autrefois grâce à l’alcool qu’elle contenait. Les formules actuelles en contiennent moins et ajoutent des polymères filmogènes, qui restent sur la fibre par-dessus la tache. C’est en outre un aérosol inflammable pulvérisé près d’un vêtement : l’alcool pur fait mieux, sans résidu.
Frotter est le geste que la panique commande. On ne retire pas un colorant par pression : on l’étale sur une surface plus grande. Seul le tamponnement, avec une zone propre du chiffon à chaque contact, réduit la quantité d’encre présente.
Une tache déjà lavée, ou un stylo oublié dans la machine
Une tache de stylo passée au lavage mais pas au séchage reste attaquable : la méthode à l’alcool s’applique telle quelle sur le tissu sec. Après le sèche-linge ou le fer, la chaleur a durci les résines contre la fibre. De la glycérine pure, laissée une heure sur la marque puis rincée, réhydrate le dépôt avant l’alcool. Ce n’est pas un détachant, et le résultat est souvent partiel.
Le cas le plus décourageant est la cartouche éclatée dans le tambour, avec de petites marques diffuses sur toute la charge. Premier réflexe : ne rien sécher. On écarte la laine, la soie et les imprimés pour les traiter à part, puis on relance le reste avec du percarbonate de sodium à la température maximale de l’étiquette. Les marques les plus chargées se reprennent ensuite à l’alcool, pièce par pièce, papier absorbant dessous.
La machine elle-même a gardé de l’encre, surtout dans les plis du joint de hublot. Un chiffon à peine imbibé d’alcool sur le caoutchouc, porte ouverte jusqu’à évaporation complète, puis un cycle à vide à chaud, évitent de retacher la lessive suivante.
Sur un canapé en tissu, la logique change : une garniture ne se rince pas, et c’est le volume de liquide qui commande. L’étiquette sous l’assise et la méthode à l’humide sont détaillées sur la page canapé.
Pourquoi l’eau ne fera jamais partir un trait de stylo bille
Une bille de stylo dépose l’encre par roulement. Pour que ce transfert reste régulier sans fuir autour de la pointe, l’encre doit être visqueuse : elle est épaissie par des résines dissoutes dans un solvant organique peu volatil, choisi pour ne pas sécher dans la cartouche. Le colorant qu’il porte est soluble dans l’alcool et indifférent à l’eau par construction.
Sur un tissu, la fraction volatile s’évapore et laisse un mélange de colorant et de résine plaqué contre les fibres. La tache est donc double, un colorant et un liant, et c’est pour cela qu’elle traverse un lavage complet en machine. L’alcool est un solvant polaire mais sans eau : il reprend ce qui refuse l’eau sans être franchement gras, puis s’évapore avant d’avoir fait voyager la tache. Le classement des autres encres, du tampon à l’imprimante, figure sur la page encre, et les règles communes à toutes les fibres sur la page textile.
Stylo bille : ce qui agit et ce qui détruit, matière par matière
« Stylo bille » relève de la classe COL — colorants en solvant. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict change de l’une à l’autre.
Fibre cellulosique M2 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol
- Alcool isopropylique propan-2-ol
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle
- Acétone propanone
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
- Percarbonate de sodium oxygène actif
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Fibre protéique M1 porosité forte
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol
- Alcool isopropylique propan-2-ol
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
Sous condition
- Acétone Sans danger pour la fibre elle-même, mais elle dissout les colorants et les apprêts.
- Ammoniaque diluée Alcaline. Très diluée, brièvement, rincée aussitôt — et jamais sur la soie, qu’elle ternit.
Agit, mais détruit
- Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
Le cas où l’on passe la main
Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.
Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
- Percarbonate de sodium oxygène actif
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
Sous condition
- Alcool à brûler ou à 90° Fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. Bref contact, chiffon à peine humide.
- Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.
Agit, mais détruit
- Dissolvant sans acétone Même famille de solvants, même risque sur les mêmes plastiques, en un peu plus lent.
- Acétone Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène. Elle ne les tache pas : elle les troue, les blanchit ou les fissure.
Revêtement et film M6 porosité nulle
Ce qui agit sans abîmer
- Liquide vaisselle tensioactif anionique
- Percarbonate de sodium oxygène actif
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium
Sous condition
- Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.
Agit, mais détruit
- Alcool à brûler ou à 90° Détruit l’oléophobe d’un écran — la couche qui repousse les traces de doigt — et ternit les vernis à bois.
- Dissolvant sans acétone Même effet que l’acétone sur les vernis, à peine plus lent.
- Acétone Dissout tout vernis et toute peinture, y compris celle qu’on essaie de protéger. Sur une carrosserie, elle mate le vernis en quelques secondes.
Ce qui aggrave la tache
- Eau froide L’eau ne dissout pas le colorant mais elle le transporte : la tache s’étale sans s’éclaircir.
- Action mécanique Frotter un colorant liquide multiplie la surface tachée par deux ou trois.
Ce qui ne sert à rien
- Vinaigre blanc Rien à attaquer : le colorant n’est ni un carbonate ni un oxyde.
Colonnes établies à partir de la classification publiée sur la page méthode.
Avec les produits de cette page, ne mélangez jamais
Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique
Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.
White-spirit, térébenthine, acétone, alcool à brûler, essence F, solvant aux agrumes+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables
Ces solvants sont inflammables — l’acétone dès −18 °C (INRS, fiche toxicologique FT 3) — et leurs vapeurs, plus lourdes que l’air, s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. Travailler fenêtre ouverte, loin de toute flamme, et laisser sécher dehors, à plat, les chiffons imbibés. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.
Tout acide, vinaigre inclus+Marbre, pierre calcaire, travertin, terre cuite, joint de ciment→ dissolution du carbonate de calcium
La surface se dissout : elle devient mate, rugueuse, légèrement en creux. On appelle cela une gravure, et elle ne se rattrape qu’au reponçage. Le liant d’un joint de ciment se délite de la même façon.
Acétone, acétate d’éthyle, solvant chloré+ABS, polycarbonate, plexiglas, polystyrène, acétate→ fissuration sous contrainte
Le solvant s’insinue entre les chaînes du polymère. Là où la pièce est sous tension — un angle, une vis, un clip — il apparaît un réseau de microfissures qui blanchit, puis casse. La pièce peut se rompre des semaines après le contact.
Questions fréquentes
Comment enlever une tache de stylo bille sur un vêtement ?
Posez le vêtement à plat sur quelques feuilles de papier absorbant, puis tamponnez la tache avec un coton-tige imbibé d'alcool à 90° ou d'alcool isopropylique, du bord vers le centre. Changez de coton et de papier dès qu'ils se colorent, puis passez une goutte de liquide vaisselle, rincez à l'eau froide et lavez selon l'étiquette.
Comment enlever une tache de stylo bille déjà lavée ?
Tant que le vêtement n'a pas séché au sèche-linge ni sous le fer, la méthode à l'alcool fonctionne presque aussi bien qu'à frais. Après un séchage à chaud, les résines de l'encre ont durci : de la glycérine laissée une heure avant l'alcool réhydrate le dépôt et rend un second essai possible, avec un résultat souvent partiel.
Le lait enlève-t-il une tache de stylo ?
Non. Le lait est de l'eau chargée de protéines et de matière grasse : il n'a aucune prise sur un colorant d'encre en solvant, et il ajoute une tache protéique que la chaleur du lavage peut fixer. L'alcool fait le travail sans ce défaut.
Comment enlever du stylo sur un jean ?
Le denim est un coton épais qui supporte bien l'alcool, mais sa teinture indigo peut dégorger. Faites l'essai sur l'ourlet intérieur, puis tamponnez l'alcool avec un absorbant sous la tache, sans brosser : le brossage pâlit l'indigo et laisse une zone plus claire que la marque d'origine.
Peut-on utiliser du dissolvant sur une tache de stylo ?
Le dissolvant à l'acétone dissout l'encre, mais il dissout aussi l'acétate et le triacétate, fréquents dans les doublures, et il décolore beaucoup de teintures. L'alcool est aussi efficace sur l'encre de stylo et nettement moins risqué pour le tissu ; l'acétone n'apporte rien de plus.
Sources et méthode
- INRS, fiche toxicologique FT 48 — Éthanol, rubrique incendie-explosion
- INRS, fiche toxicologique FT 66 — Propan-2-ol, rubrique incendie-explosion
- Loba Chemie, fiche de données de sécurité Sodium percarbonate extra pure, rubrique 2 (H272, H302, H318)
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.